Je ne serais pas le premier à faire remarquer que de tous les "Montréal" du Monde, le nôtre est de très loin le plus ancien et que, au bout du compte, il n'est "royal" dans la littérature historique qu'à partir du Traité de Meaux Paris en 1223.

 

Guillaumes Besse tente de rapporter ce qualificatif de "royal" à la royauté wisigothe, par défaut, et sans apporter d'élément bien persuasif.

  

Il est une hypothèse inexplorée selon laquelle le nom de Montréal pourrait être tout simplement le dérivé de "mythraeum", lieu de culte dédié à Mythra.

  Et ceci pour deux raisons. La première est que le culte de Mithra (ou Mitra) a été la religion des vétérans légionnaires démobilisés sur place dans la Basse Antiquité et que la présence de ceux-ci est abondamment attesté sur le territoire de l'actuelle commune de Montréal.

  La seconde est que Fanjeaux, la ville jumelle de Montréal, tire son nom de fanum jovis, le temple de Jupiter. Le procédé de formation du nom est donc assez comparable.

  

Aeria.

   Le même Guillaume Besse, dans l'Histoire des Antiquités des Comtes de Carcassonne, soutient que le aeria mentionné par Strabon (Géographie Liv. IV) est bien  le village qui deviendrait Montréal par la suite. Il n'est pas seul à le soutenir, la difficulté vient du fait que les moyens employés pour le démontrer sont assez fantaisites.

   Pourtant, si on y regarde de près, cette affirmation pourrait bien être intéressante.

   Il faut d'abord régler son compte à une fable historique selon laquelle les vaincus de la Guerre de Troie seraient venus s'établir dans la région de Carcassonne, comme le dit le même Besse.

   Aeneas, c'est à dire Enée, est un nom formé sur le radical aes, aeris, c'est à dire le bronze. On trouve ainsi : aena, le chaudron ; aeneus, de la nature du bronze, aeraria, la forge de bronze.

    Pline donne aussi Aeria, ville de la Narbonaise. Et je vois qu'il y a peu de chemin à faire pour contracter aeraria en aeria.

   D'autant que nous avons trouvé des scories de forge de bronze à vingt mètres de la Collégiale.

   Les choses se compliquent avec l'adjectif aerius qui signifie : de la nature de l'air. Mais voilà : aerius  est un adjectif formé sur le radical aer, aeris, l'air, ce qui n'a rien à voir avec aes, le bronze.

    Alors au lieu de chercher Aeria du côté du Mont Ventoux, comme je l'ai lu, en raison de sa position aérée, on a mieux à faire en suivant la piste du bronze et en remettant les choses dans l'ordre.

  Pour ce qui concerne la venue d'Enée dans la région, je pense qu'il faut l'associer tout simplement au début de l'Âge du Bronze. C'est un peu comme l'eau de cologne du Mont Saint Michel. Elle n'a pas plus a voir avec Cologne en Allemagne qu'avec le Mont Saint Michel mais probablement beaucoup plus avec la banlieue de Shangaï ; comme Montréal avec les rives de la Mer Noire, en somme. Le bronze est associé à Enée et la confusion est vite faite.

 

   Ceci étant noté, intéressons-nous au bronze lui-même. Il est formé d'un alliage de cuivre et d'étain. Le cuivre est asez commun dans les alentours, soit qu'il provienne des mines des Pyrénées soit de celles de la Montagne Noire (Cuxac Cabardès, par exemple.)

 

   Pour ce qui concerne l'étain, c'est autre chose. C'est un produit rare, un produit aussi précieux que l'or et ses gisements sont peu nombreux. C'est un métal stratégique.

  S'il existait ça et là quelques petits gisements d'étain en Europe, il appartient aux Phéniciens de Himilcon, selon ce qui s'écrit généralement, d'avoir ouvert la route des Cassitérides par les Portes d'Hercule.

  Aujourd'hui Îles Scilly, au sud de la Cornouaille britannique, ces îles ont constitué le plus grand gisement de l'Antiquité jusqu'au Moyen-Âge.

  Vers le IV° siècle, les Celtes ouvrent une autre route de l'étain, moins aléatoire. A Bordeaux, leurs vaisseaux remontent la Garonne jusqu'à Vieille Toulouse et là le métal est acheminé par terre au moins jusqu'à Carcassonne en direction de Narbonne vers Rome.

  Si Narbonne est la première colonie romaine ce n'est pas pour la douceur du climat mais bien parce qu'elle est le terminal d'un produit stratégique. Et la voie Domitienne est le fait d'un certain Ahénobarbus, le bien nommé. C'est à dire l'homme à la barbe d'airain.

 

   On saisira tout de suite que l'oppidum de Montréal est située sur ce trafic et bénéficie tout naturellement de l'abondance des deux métaux, cuivre et étain ; il n'y a guère à s'étonner qu'on y ait fabriqué du bronze, comme je l'ai constaté, et qu'on lui ait donné le nom d'Aeraria ou Aeria.

 

 


Retour à l'accueil