Les Soeurs de Nevers, un peu d'histoire ...

 

On ne peut évoquer Montréal sans  rendre un hommage à celles qui, pendant plus de deux cent ans, ont consacré le principal de leur existence à soulager la misère de Montréal. Ceci gratuitement, dans la plus discrétion.

Elles ont été pour beaucoup la dernière tendresse, le dernier réconfort et le seul lien avec le monde des vivants en des temps où l'aide sociale n'existait pas.

On ne peut pas dire que la relation de leurs bienfaits encombrait les colonnes des journaux, aussi leurs photos sont rares. Les trois dernières, Mère Liguori, Soeur Marie-Joseph et soeur Valérie, quittèrent Montréal le 15 Août 1971, les premières étaient arrivées le 2 Juin 1762.


 





 L'installation des Soeurs de Nevers à Montréal tient à plusieurs causes. D'abord, au XVIII° siècle, à un contexte social. Une absence presque totale d'enseignement chez les jeunes filles auxquelles on se contente, dans le meilleur des cas, de donner un vague vernis, et, surtout, une exploitation sytématique par des charlatans de la maladie. Les chanoines, les syndics des bureaux de bienfaisance, les consuls, s'en ouvrent à Monseigneur Bazin de Bezons, évêque de Caracassonne.

Par aileurs à la même époque, il se trouve qu'à Saint Saulge, en Nivernais, un bénédictin : Dom Baptiste de Laveyne, qui s'était investi dans le soulagement de la misère des hommes, eut l'idée de s'assurer des collaboratrices qui en feraient autant pour les femmes en assurant, en plus, leur instruction. Les deux premières furent Marie Marchangy et Anne Lejeay. Ainsi fut fondée la Miséricorde de Saint Saulge avec une école paroissiale. Cette Miséricorde fusionna avec les Soeurs de la Charité de Bourges sous une règle stricte de compassion et d'obéissance.

Monseigneur Bazin de Bezons s'adressa à son confrère de Bourges, Monseigneur Timseau, afin d'obtenir l'envoi chez nous d'une petite communauté pour satisfaire à la demande des Montréalais. Un contrat, rédigé par Maître Farabosc, fut signé le 22 Avril 1762.

Celui-ci précisait que cet établissement était destiné au soulagement des pauvres et à l'instruction des jeunes filles. La Congrégation devait fournir trois soeurs, deux pour soigner et soulager les pauvres, leur distribuer le bouillon, et une pour instruire les jeunes filles de la ville et de la paroisse de Montréal. Cela gratuitement et à perpétuité. Le logement leur était assuré et pourvues du nécessaire, une petite rente leur était allouée pour leur nourriture, mais vraiment petite.

En 1789, c'est la dispersion et le retour à Nevers, cependant le 27 Thermidor An IX (27 Juillet 1800), la commission des hospices propose de revenir au contrat initial, ce qui se fait et, le 1° Ventôse An XIII, il est décidé de construire des écoles à l'hospice.

En 1819 est créé un pensionnat de "demoiselles" et, à cette occasion il est demandé à la Congrégation l'envoi d'une quatrième soeur. Le 12 Avril 1843, leur nombre passa à cinq.

Le 4 Juillet 1853 est demandé la création d'un asile et d'une salle d'ouvroir. Ces travaux sont exécutés grâce à des donations importantes, telle celle de Grillères.

 

Note : on pourra critiquer, comme il est d'usage, cette "mainmise de l'Eglise sur la société" mais, en attendant, le service social que les Soeurs de Nevers ont rendu à  Montréal pendant plus de deux siècles est bien réel, lui. On se souvient encore à Montréal de Soeur Piqûre qui officiait bénévolement.

Un service social qui ne coûtait rien aux contribuables vu que les intervenantes ne touchaient pas de salaire, et qu'il était de bon ton chez les riches de faire des donations importantes pour que l'institution continue son oeuvre.

C'était un autre état d'esprit de solidarité et de discrétion qui a été remplacé très bruyamment par la médiatisation des fameux restaurants du coeur.  Entre ce dévouement silencieux et le tapage des Enfoirés, il y a deux styles bien différents. Je ne suis pas du tout certain que nous ayons gagné au change...