L'énigme

de Montréal

 

On peut parler d'énigme, pour le moment, puisque personne, à ma connaissance, n'a donné d'explication rationnelle à une curiosité que j'ai mise en évidence voici trois ans.

  

 

L'ALIGNEMENT

 

   Voici les faits :

- il existe un alignement de repères naturels ou aménagés, qui va de Souilhanels au nord de Castelnaudary, jusqu'aux abords de Perpignan.

   Cet alignement, orienté N.O / S.E exactement, passe par le centre de l'oppidum de Montréal matérialisé par le quatrième contrefort nord de la Collégiale. Cette circonvallation de 120 mètres de diamètre est parfaitement identifiable sur les photos satellitaires.

 

  Ils se résument à une suite de lieux qui sont situés dans un alignement d’une remarquable rectitude.

Voici l’énoncé des principaux : Perpignan, Peyretortes, Cases de Pene, Tautavel, Padern, le Milobre de Bouisse, la maisonnette de Montgaillard, les dolmens de Massac, Mouthoumet, Caunette sur Lauquet, Le Col de l’Arc, Saint Hilaire, Montclar, La Lagaste, Le Dégo, Mont Naut sur la commune de Montréal, La Colline d’Ajounc, la Collégiale de Montréal, la campagne de Revel, Sainte Marie, la Pierre de Villesiscle, La Barèle, Pexiora, Castelnaudary (Moulin de Cugarel) et Souilhanels et probalement quelques autre que je n'ai pas eu le temps d'inventorier.

 

L'aspect mathématique de la question.

 

   Il ne suffit pas de promener une règle sur une carte pour rechercher des alignements remarquables, c'est plus compliqué que ça.

   En effet : une carte est la représentation en plan d'une portion de sphère, avec les déformations que cela suppose. Cela vaut aussi pour Google Earth dont l'algorithme de déformation est un véritable casse-tête.

   La meilleure solution est bien évidemment de les observer de visu, ce qui suppose beaucoup de temps et de kilomètres avec une météo favorable.

 

   Pour essayer de gagner du temps et de dégrossir les hypothèses, on peut aussi relever des positions G.P.S. ou les intrapoler sur carte. Mais il faut savoir que cela débouche sur une loxodromie et non une orthodromie pour la bonne raison que les méridiens ne sont pas parallèles puisqu'ils se rejoignent aux pôles.

   (Par exemple un avion qui va de Marseille à Nantes ne peut pas afficher un cap fixe au décollage en direction de Nantes, pour tirer droit il devra corriger son cap constamment car les méridiens qu'il franchit ne sont pas parallèles.)

   Il faut donc convertir les cordonnées orthogonales  en sphériques. Ceci fait on peut entrer dans le calcul de l'erreur moyenne, ou de l'écart type, par le moyen d'une droite de régression aussi appelée "droite des moindres carrés", moyen de calcul qui a été inventé par un Français, je le précise au passage !

   Il faut admettre que c'est un peu fastidieux mais cela permet de gagner finalement du temps et de contrôler les cas litigieux. En effet : un écart type régulier est la garantie que l'on reste dans le domaine du vraisemblable et du cohérent.

 

  Un autre aspect de la question est d'ordre statistique. Je l'explique succintement puisque c'est un ami spécialiste qui m'a obligemment "sous-traité" la difficulté.

   Prenons un exemple : si on tire une munition de fusil de chasse chargée de petit plomb sur un carton, le statisticien démontrera que la dispersion des trous est aléatoire, quand bien même certains de ces trous seraient alignés, ce qui est très probable.

   Par contre, si les plombs dessinent le Z de Zorro plusieurs fois de suite, on pourra commencer à se poser des questions.

   C'est dans cet esprit que mon collègue a travaillé pour conclure que cet alignement ne devait rien au hasard.

  

   Je me suis permis d'insister légèrement sur l'aspect mathématique du problème pour essayer de me démarquer de ceux qui trouvent des harmonies mathématiques ou géométriques entre une cabine téléphonique et la Pyramide de Chéops.

   Il en existe forcément, le domaine des nombres est infini, mais de là à en tirer des conclusions archéologiques, il y a une marge...

 

Les repères...

 

   Il en manque, certains sont en cours d'étude mais voici les principaux.

   Le premier que j'ai identifié au N.O. est le clocher de Souilhanels. Petit village qui ne se distingue guère de ceux des environs et sur lequel je n'ai pas encore recueilli d'éléments historiques.

 

   Castelnaudary et son moulin à vent restauré. La tour située en contre haut de ce moulin ne semble pas être le vestige d'un autre moulin car l'épaisseur du mur est trop faible pour recevoir la sablière d'une toîture tournante. C'est vraisemblablement une tour à signaux qui a été restaurée à une période indéterminée. Cette partie du village, la plus élevée, est aussi la plus ancienne.

 

   Pexiora. Je n'ai rien à en dire de particulier sinon que son clocher est parfaitement dans cet alignement.

 

   La Barèle. Lieu dit dont l'histoire semble s'être perdue mais qui apparaît comme vestigial d'une motte castrale au vu de l'examen d'une coupe de sous-sol. Le toponyme est très ancien (bar).

 

   Villesiscle. L'ancien nom du village est : la Motte. Ce toponyme est souvent associé aux tertres sur lesquels on entretenait des tours à signaux à l'époque romaine.

   Je ne sais pas bien s'il s'agit de l'ancien château aujourd'hui disparu, ou bien de la pierre de Villesiscle située en bordure de route. Le tout est que cette pierre est à l'emplacement qui servait de borne aux limites des trois évêchés : Carcassonne, St Papoul et Alet. Il ne fait pas de doute pour moi que ce repère topographique est très ancien.

   Quand on s'y assoit par beau temps on remarque que l'antenne de Mont Naut se trouve exactement plantée sur la tourelle S.O de la Collégiale.

 

   Sainte Marie. Bien que située en contrebas, cette propriété a été signalée par Roger Nègre comme le lieu de vestiges archéologiques très anciens à l'emplacement d'une vieille soupente qui se trouve exactement dans l'alignement.

 

   Revel. Les photos satellitaires montrent un talus circulaire avec la maison plantée au milieu. A tout bien peser, on peut se demander pourquoi planter une motte castrale dans un endroit aussi peu adéquat à épouser les défenses naturelles du sol. Il fallait bienqu'une autre nécessité fut prise en compte et comme son centre est parfaitement aligné avec ce qui précède, la réponse s'impose d'elle-même.

 

   Montréal. Le centre de l'oppidum est marqué par le quatrième contrefort de la Collégiale. Ce centre est dans l'alignement.

 

   Le Cammas de Bas. L'érosion a effondré une falaise à l'Est sur un tènement nommé la Colline des Joncs dominé à l'époque par ce qui pourrait être Saint André de Sénéssine jamais localisé exactement.   La difficulté reste que n'y croissent pas de joncs, aussi ai-je émis l'hypothèse qu'il pouvait s'agir de la Colline d'Ajounc, c'est à dire : du perchoir, ou de l'échafaudage. La légende a persisté jusqu'il y a environ un demi-siècle qu'y était enterré un trésor.

 

   Mont Naut. Ce n'est pas exactement l'antenne de télécommunication qui est dans l'alignement mais la terrasse situé à quelques dizaines de mètres au N. Sur la photo satellitaire on distingue une rond foncé mais, en raison de la croissance des arbres on ne peut plus voir en direction de Montréal. Mais de là, par beau temps, la vue porte au S.E. aussi loin que le Milobre de Bouisse qui est dans l'alignement. Dans les plans intermédiaires on voit le Col de l'Arc et St Hilaire.

 

   Le Dégo est invisible de Mont Naut car situé en contrebas. Sur la bosse, voici quelques dizaines d'années, demeuraient les vestiges d'une tour. Il n'en reste rien.

 

   Monclar et la Lagaste. Ce dernier site a été fouillé voici quelques années, il est donné pour celte. Il est situé à peu de distance d'Arnauteille.

 

    Pomas n'est pas aligné sinon l'ancienne gare. J'en ignore la cause s'il en existe une.

 

    St Hilaire. En plein sur l'alignement.

 

Le Col de l'Arc. Par beau temps on voit parfaitement l'antenne de Mont Naut mais la végétation ne m'a pas permis de regarder vers le S.E.

 

  Caunette sur Lauquet. Situé dans un trou, je pense que la partie intéressante du lieu reste l'échancrure dans la barre rocheuse qui domine et permet au regard de porter jusqu'au Milobre de Bouisse à quelques kilomètres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Retour à l'accueil

 

  

   Le Milobre de Bouisse. C'est une dent rocheuse spectaculaire d'où la vue porte si loin, m'a dit un habitant enthousiaste de Bouisse, "qu'on peut apercevoir l'Etang de Berre". Sans aller jusque là, on voit tout de même la Méditerranée selon un autre témoignage. Je n'ai pu y accéder par beau temps à deux reprises mais je compte bien y revenir.

 

   Mouthoumet. Situé en contre bas, c'est un peu le même cas que Caunette. Du chateau d'eau on voit le Milobre. Il est curieux que le relais de téléphone soit pile dans l'alignement, il doit y avoir une explication.

 

  Massac. On y trouve trois dolmens sur l'alignement. On y accède en venant de Mouthoumet.

 

   Montgaillard. En fait il s'agit de la maisonnette située en bordure de la D 410 en direction de Rouffiac, à environ un kilomètre et demi. S'y trouve un splendide dolmen exactement aligné. L'occupant des lieux m'a dit qu'il connaissait un menhir non loin de là dans cet axe mais je ne l'ai pas vérifié.

 

  Ensuite on trouve Padern qui a le mérite d'être aligné et quelques autres point remarquables, plus loin dans le S.E., que je n'ai pas eu le temps de repérer.

 

   Tautavel. Site très intéressant. La grotte est située immédiatement sous le point culminant de la barre rocheuse et si on regarde en face, dans le S/E, on retrouve une autre barre rocheuse et un autre point culminant dans l'alignement général (à une trentaine de mètres à gauche des antennes). Ces deux hauteurs dominent le Verdouble et sa large vallée. Cela semble constituer un piège idéal pour les troupeaux d'animaux sauvages.

   En soi, ce dispositif est cohérent et se suffit à lui-même et je me serais bien passé, pour la démonstration, de le trouver dans l'alignement général. Cet élément, s'il était intégré dans les données à exploiter impliquerait une datation en centaines de milliers d'années. A moins que cette grotte ait été creusée par l'Homme.

  D'autre part je viens d'apprendre qu'on a découvert des alignements mégalithiques sous le niveau de la mer en Bretagne. C'est intéressant au plus haut point puisque cela implique aussi des datations en diaines de milliers d'années.

Et si notre ignorance était "kolossale" ? Vous y avez pensé ?

 

  Peyres Tortes et Perpignan sont les deux derniers repères que j'ai identifiés sur carte mais je ne suis pas allé sur place ni étudié de près leurs caractéristiques.

Le dolmen de Mongaillard

J'ai localisé ce monument à dix mètres près par le calcul

de mon bureau et quand je suis arrivé à proximité,

sans l'avoir encore vu, j'étais très impatient.

Quand je l'ai distingué dans le sous-bois j'ai su à ce moment

précis que le compte était bon ; c'est à dire que mon hypothèse

était validée. Faire une hypothèse c'est facile, la valider par l'expérience c'en est une autre.

Que cela remette des idées reçues en question, je le comprends

mais qu'on dise que ça n'existe pas,

je ne le comprends pas.


La grotte de Tautavel (Cava d'Arago)


La barre rocheuse située en face de Tautavel


Le début de l'alignement, à partir de Souilhanels, vu de l'église de Montréal.




Commentaires.

   Ainsi qu'on peut le constater cet alignement est constitué de repères délibéréments aménagés et de repères naturels.

   Leur dispersion linéaire est assez régulière avec quelques blancs consécutifs à des difficultés d'accès.

   Si on fait abstraction des repères aménagés, on peut imaginer que, malgré le caractère tout à fait exceptionnel des repères naturels dans cet alignement, il existait d'autres possibilités et que celui-ci a été choisi en raison de son orientation particulière au Nord-Ouest/Sud-Est.

   Probablement pour des raisons d'ordre religieux ou de commodité. En effet, connaissant le Sud grâce au Soleil, il est facile de faire un angle de 45° en pliant une peau trois fois sur elle-même.

   Ceci dit notre connaissance des temps préhistoriques est très lacunaire : nous n'avons qu'une connaissance très hypothétique de la conscience que pouvaient bien avoir ces gens-là de leur environnement, de leur manière de penser, de se représenter le Monde.

  Ne serait-ce qu'au sujet des alignements de mégalithes, nous en sommes réduits à constater leur présence dans diverses partie de l'Europe de l'Ouest et, tout au plus, s'en tient-on à supposer que la religion de leurs auteurs étaient en rapport avec l'ordre cosmique et plus particulièrement le Soleil.

On les date de la fin du Néolithique en général.

  Dans le cas présent on peut imaginer que cet alignement ait pu être un cheminement, une sorte de pélerinage initiatique pour un rite propitiatoire à l'abondance.

   Au vu de la difficulté de la détermination matérielle d'un tel alignement je serais tenté de penser que, d'abord, il aura fallu beaucoup de temps, au milieu d'une population très clairsemée pour y arriver, et, qu'ensuite, cela n'a pu se faire que dans des conditions climatiques favorables. Et là je pense à une période glaciaire indéterminée, elles sont si nombreuses qu'on n'a que l'embarras du choix.

   Pour conclure j'éprouve le sentiment que cet alignement pourrait bien être l'arbre qui cache la forêt de notre monstrueuse ignorance des temps anciens.

  Dans ces conditions ce sera à chacun de chercher les réponses aux questions : qui, quand, pourquoi, comment ? Et il y a du pain sur la planche.

    Bon voyage...

 

A plusieurs reprises j'ai exposé cette découverte à

des gens dont les responsabilités dans le domaine

de la conservation du patrimoine archéologique auraient

pu laisser espérer qu'ils y prêteraient au moins

un intérêt poli. Eh bien non !

Le dernier que j'ai vu respirait la satisfaction de soi et l'incompétence à un degré difficilement supportable.

Il semblait obnubilé par des considérations relatives à l'avancement de sa carrière et par rien d'autre.

D'une étroitesse d'esprit surprenante il augurait bien mal de l'avenir de recherche archéologique en France.

Malheureusement ce genre d'homme n'est pas

une exception, c'est même la règle générale dans un domaine où il n'y a guère d'argent et où tous les moyens sont bons pour faire son autopromotion coute que coûte.

Une découverte archéologique n'a pour eux d'intérêt à la seule condition qu'elle leur rapporte directement quelque chose dans le domaine de la notoriété personnelle. C'est un peu dommage que d'avoir affaire à ce genre de valseurs.

J'ai essayé d'éveiller l'intérêt de quelques responsables

politiques leur faisant valoir l'intérêt de la mise en valeur du patrimoine et la curiosité populaire que cela ne manquerait pas de susciter et auxquelle ils seraient associés.

Le niveau intellectuel général dans cette corporation est tellement bas que j'en ai éprouvé un sentiment de consternation. C'est quand même triste !

 

 

Note :


Il existe un calendrier universel et naturel, connu depuis les temps historiques les plus anciens, que certains auteurs nomment équinoxial.

En effet : au moment de son passage au point vernal, c'est à dire à l'équinoxe de printemps, le Soleil "apparaît" dans l'une des douze constellation du zodiaque. Ces constellations vernales se succèdent dans un rythme d'environ 25 868 ans, ce qui fait pour chacune d'elle environ 2155 ans. Ce phénomène a reçu le nom de précession des équinoxes.

Ah, ça va pas vite : 72 ans par degré !

Depuis 448 de notre ère, le Soleil est dans la constellation des Poissons et ce jusqu'en 2603.

Avant 448, il était dans la constellation du Bélier et ceci depuis 2155 ans. De 3862 à 1707 av. J.C., il était dans la constellation du Taureau et ainsi de suite.

Si nous avons des textes anciens qui font mention de la position zodiacale du Soleil ce phénomène n'a été mis en évidence que tardivement par Hipparque. Ce génial mathématicien, héritier du savoir astronomique des Chaldéens, vivait au II° siècle av. J.C.

Diverses observations archéologiques conduisent à penser que l'observation du ciel est une occupation très ancienne, associée sans doute à une pratique religieuse. Les tablettes de Blaureugen en témoignent et on les date de 50 ou 70 000 ans.

Pour ce qui concerne cet alignement je me suis tout de suite posé la question de son antiquité. Il est orienté, avec une grande précision selon l'axe 135°/215°, c'est à dire S.E. / N.O. Je ne pense pas que ce soit le hasard, à priori, puisqu'il semble bien associé aussi à l'étoile Spica. Spica, l'épi, étant associée à la fertilité.

Pour le moment je m'en tiens à considérer qu'il y a quand même lieu de se poser des questions dont la principale est : cet alignement ne donne-t-il pas la date de sa création ou, du moins, une série de fenètres chronologiques à l'intérieur de laquelle il connviendrait de choisir en raison d'observations connexes ?

C'est quand même tentant, non ?