Vers la fin du VIIIe siècle  Charlemagne essaya de mettre un peu d’ordre dans le pays et c'est ainsi que nous héritons des comtes carolingiens de Carcassonne.

  Ces comtes vont d'ailleurs laisser leur trace à Montréal. D'abord par le lieu-dit «les Giscarels», lieu où sont bâtis aujourd'hui le supermarché et l'usine d'embouteillage de vin ; le nom vient de «Gisclardsfeld », donné comme le deuxième des comtes de Carcassonne. Un certain Oliba achète le doamine de Levraut, alors Vinassan.

 

C'est en lisant Catel de j'ai trouvé quelques indications sur le fameux Oliba. Nous sommes à la fin du Xe siècle. Il est écrit : Le comte Roger eut de grands différens avec le compte Oliba qui lui fit si longtemps la guerre et se jeta dans son pays avec une grande armée voulant envahir son comté ...

Dans le texte en latin d'une donation il n'est pas dit qui était ledit comte Oliba, ni même de quoi il était comte. Mais nous apprenons par l'histoire d'Espagne qu'il était comte de Besalu et Sardaigne, et ainsi voisin de Carcassonne. Il était aussi le fils de Miron comte de Barcelone et que son surnom était : Cabreta. C'était un homme d'un invincible courage. Michel Carbonel et Hyeronimo Zurita ont écrit que le compte Oliba n'était pas bon chrétien...dans l'Histoire des Antiques Comtes de Barselonne.

Les choses seraient simples si, dans le même temps, n'existait pas un autre Oliba, évêque d'Ausone, suffrageant de celui de Narbonne semble-il.

 

Ensuite il existe un document qui indique que le donjon de Montréal a été rénové par Roger le Vieux dont on sait qu'il est mort en 1012 ou 1022. Il pourrait s'agir de Roger III dont la fille Adélaix épousa un Trencavel.

 

  En supposant que cette restauration ait eu lieu en 1000, le bâtiment devait avoir été construit bien longtemps auparavant. S'il s'agit de deux siècles, on peut en attribuer la paternité aux carolingiens. Autrement, il peut s’agir des mérovingiens de Childebert au VI ième siècle. La question reste ouverte.

 

  Ce donjon forme la partie de la nef de la Collégiale située à l'est. À cette époque la collégiale n’existait pas, le donjon en question était flanqué de quatre tours octogonales dont l'une, probablement la plus imposante, a servi d’embase à la surélévation du clocher actuel.


C'est-à-dire les deux étages d'abat-son. On remarquera que la gargouille qui ne sert plus à rien aujourd'hui évacuait alors les eaux de la toiture de cette tour.

La seconde de ces tours était située dans la chapelle Saint-Joseph, celle contre laquelle est fixée la chaire à prêcher. Les deux autres sont symétriquement disposées sur la façade nord. Celle qui correspond au clocher actuel se devine bien à l’extérieur, entre les contreforts du Nord.

 

Contrairement à ce qu'il s'est écrit ça et là par des gens qui n'ont même pas pris la précaution de monter sur une échelle, l'église actuelle de Montréal n'a pas été construite d'un seul jet.

  La meilleure preuve est la présence d'une archère dans la salle basse du clocher.          

Cette archère est aujourd'hui occultée par la naissance d'un arc de croisée. À quelques mètres, dans l'axe de cette archère, on trouve un contrefort massif.   

    

D'autre part, la porte que surmonte cette archère est une porte cavalière. Le sol en a été bien surélevé et la largeur rognée par l'épaisseur du mur extérieur qui a servi à clore la première sacristie.

  On peut imaginer beaucoup de scénarios pour expliquer cette disposition des lieux, imaginer par exemple que le curé venait dire la messe à cheval armé d'un arc mais ceci n'est pas satisfaisant pour l'esprit.

  L'économie de l'interprétation pousse à admettre qu'à l'origine il n’y avait rien de construit devant cette porte cavalière protégée par une archère et que le contrefort, ainsi que la salle en croisée d’arcs, ont été construits bien après la forteresse.

Ci dessous croquis illustrant le couple forteresse / église castrale avant les grands travaux.

 










Dessinée en proportions, on voit que c'est du massif ! Les faces intérieures sont aussi larges

que le mur lui-même est épais. Excellente isolation...

L'étage supérieur, la Salle de Garde est dans la même proportion et ce n'est qu'au niveau de la Salle de l'Horloge qu'on passe de six à huit faces.

 

La description du clocher.

 

De l’extérieur on voit une embase maçonnée qui correspond au garnissage de la fondation mise au jour par l’érosion. En effet : lors de l’élévation de cette tour le sol marneux atteignait le niveau du porche de l’église.

Au dessus de cette reprise se trouve la salle basse du clocher. C’est l’ancien « rez de chaussée ». Son profil est hexagonal, formé d’un demi carré et d’un demi octogone. Une archère ouvre au Sud. Aujourd’hui, on y entre de l’intérieur de l’église par un couloir taillé dans l’épaisseur du mur à droite de l’autel de la Vierge. De l’extérieur, par la petite sacristie à laquelle on accède par le petit escalier.

Au premier étage, la salle de garde qui occasionnellement servit d’école. Elle est éclairée par une meurtrière au S.E. De ce niveau descend le second escalier qui aboutissait derrière l’autel de la Vierge jusqu’au début du XVII° siècle. Le profil de la salle garde est toujours hexagonal ; dans le haut de la salle prennent appui les deux croisées d’arcs du chœur, dont l’une, celle la plus à l’Est, correspond au rempart.

Au deuxième étage, la salle de l’horloge. Celle-ci devient octogonale. Derrière le coffre de l’horloge apparaît le passage qui desservait le haut des remparts S./N. Au même niveau, l’ouverture sur le praticable actuel qui permet d'accéder aux contreforts. A l’opposé de l’entrée dans la salle de l’horloge, un bref couloir donne accès à un escalier en colimaçon, fort étroit, taillé dans l’épaisseur du mur, qui donne accès au toit de la terrasse primitive drainée par la gargouille visible en façade.

Ce niveau est le troisième étage dit salle des cloches. Il est surélevé de deux autres étages qui forment un campanile aveuglé d’abat-sons. La hauteur estimé de l’ensemble est de trente-trois mètres.

 








  C'est à l'occasion de récents travaux de restauration de l'église qu’il a été possible de constater que le toit actuel du choeur à été rehaussé au moyen de piliers contreforts situés sur le périmètre de l'église primitive.

Ces contreforts de surélévation naissent dans la périphérie intérieure de l'ancienne église puis s'élargissent par chevauchement de son mur. Ce qui est parfaitement constatable de l'extérieur.

  On devrait peut-être parler d'une chapelle castrale à l’origine de cette église.

 

 

Cette porte correspond aujourd'hui au Révestiaire, à sa droite, on trouve la Chapelle Obscure. Un éclairage aujourd’hui occulté donnait dans le donjon. Son linteau en brique ouvre l'hypothèse selon laquelle, à l'origine, on avait là une porte en hauteur munie d'un accès amovible par une échelle. On en a un exemple à Arzens.

 

La Chapelle Obscure.

Comme elle n'est pas plus obscure que les autres, on pense au latin "excurare". En effet : excurare signifie examiner avec soin, trier, contrôler. Par exemple, le chemin de "la Carrière obscure" signifie le chemin de l'aire de vannage du blé, l'endroit où on trie le blé. Comme, selon toute vraisemblance, l'éclairage sud de la chapelle obscure (qui n'éclaire rien du tout), n'est en réalité qu'une porte surhaussée à laquelle on accèdait par une échelle amovible comme à Arzens. On a la même dans la salle basse du clocher, de l'autre côté. En d'autres termes : ce pourrait avoir été un poste où on procédait à un examen et on pense aussitôt à "salle de garde". On y a installé une chapelle qui a gardé, semble-t-il, le nom du lieu. Cela aurait pour conséquence qu'il faudrait chercher l'entrée de l'église primitive ailleurs. A l'opposé, par exemple.

Et là on s'aperçoit que c'est une hypothèse intéressante parce que cela expliquerait la présence de deux portes en plein cintre dans et devant la salle basse du clocher (qui servent aujourd'hui de placard) et dont on s'est toujours demandé à quoi elles pouvaient bien correspondre. L'une serait l'entrée de l'église primitive d'autant plus que, selon Latorre qu'on ne peut guère révoquer en doute sur ce point, ce lieu à une certaine époque, servait de sacristie. Nous avons, semble-t-il, un faisceau de présomptions suffisant pour valider.

 

Le révestiaire

 

  Du Révestiaire, on arrive à la Grande Sacristie dont l'entrée correspond, très vraisemblablement, au maître autel de l'église avant l'institution du Chapitre et les grands travaux de la fin du XIII ième siècle. Quant à la grande sacristie chacun sait qu’elle date du XVIII ième, c'est écrit dessus. Là, aucune difficulté pour certains.

Cette porte, qui se trouve en face de celle du petit escalier de la sacristie, pourrait bien avoir été  celle de l'église primitive.

 

 

 

Cette porte en hauteur, dans la salle basse du clocher, correspond à la fenêtre surbaissée en brique de la Chapelle Obscure, de l'autre côté du choeur, et semble bien avoir été un passage de la salle de garde en bas vers l'intérieur du donjon. Tout ceci fait supposer que le premier étage de celui-ci était assez bas en se souvenant tout de même qu'à l'origine le chœur était au niveau de la nef comme le rapporte Latorre.

 

Les deux salles du premier étage

On y accède par l'escalier de bois qui se trouve situé dans la salle immédiatement à gauche de l'entrée de la Grande Sacristie. Dans la première, celle qui a une verrière, on peut voir à gauche côté chœur, une banquette de pierre qui semble être le haut du mur de la primitive église. A droite de la porte qui donne sur la salle suivante, on remarque un garnissage hétéroclite (situé à côté du chiffre 1 du croquis ci-dessous) et qui est illustré par la photo suivant celui-ci. Ce garnissage vient de la mise au carré de l'extérieur de la tour octogonale. En deux endroits on observe un immense bric à brac d'ustensiles de culte aujourd'hui sans usage.

 

 

 

La salle 2 est située au dessus de la Chapelle Obscure dont j'ai parlé. La salle 1 est au dessus du Révestiaire.

 

 

en haut et à droite, sur la photo, on voit le changement d'appareillage.

 


A gauche, la banquette de pierre qui pourrait donner la hauteur de l'église primitive.

 

 

 

 

À l'origine, comme je viens de vous l'indiquer, il existait un donjon, à peu près et carré, et flanqué de quatre tours dont on ne sait pas trop qui l’a construit.

  Indépendamment, un château fort a été construit.

  Cette tour ronde, qui appartient au chateau, est extrêmement ancienne puisque les ragréages successifs des façades l’ont, pour ainsi dire, «enfoncée » dans l'angle du mur. Les règles de l'architecture veulent généralement que le pendentif d'une tour d'angle file avec l'arête du mur. Elle appartient au château-fort.

 

  Le petit clocher octogonal situé au nord-ouest appartient lui aussi au château primitif. Seyte, le campanologue, estime qu’il a été rehaussé pour servir de campanile.

  La façade entre ces deux tours a été remaniée, probablement, au XV ième siècle, son style s’apparente au gothique flamboyant.

   Par contre, le début de la façade nord qui part de la tour octogonale est plus ancien, il est appareillé en besace avec celle-ci. C'est-à-dire que des pierres appartiennent en même temps à la tour et au mur.

  Sur le tympan du portail du Cers on voit des excroissances qui correspondent à trois têtes de bœuf sculptées. Ce doit être la corporation des bouchers qui les a payées puisque les abattoirs étaient juste en face du portail.

 

  Entre les deux édifices, le donjon et le château, existait une cour. La meilleure preuve que ces deux édifices n'ont pas été construits en même temps réside dans le fait qu'ils présentent une erreur d'alignement relatif d'environ 3°.

  Ce fait est aisément constatable sauf par ceux qui ne veulent pas le constater. À moins d'imaginer que les architectes de cette époque faisaient dans l'à-peu-près.       

  Peu d'observateurs se sont avisés que la voûte des trois dernières travées, côté orgue, et plus basse d'environ 80 cm que le reste de la nef située vers le choeur.

  Du reste, si les naissances de gerbes des bonnets sont situées à la même hauteur que celles des arcs doubleaux du côté orgue, ceux du côté choeur cintrent à partir d'une naissance située plus haut.

C'est la raison pour laquelle on a deux naissances par arc doubleau, en regardant vite on n'y voit que du feu.

 

Sur le croquis ci-dessous la partie jaune, verticale et rectiligne de l'arc de droite correspond au côté choeur de la nef. A l'opposé, l'arc de gauche commence à cintrer plus bas. Au milieu les deux arcs de croisée d'ogive (ou de bonnet) qui prennent naissance à la même hauteur.

 

 

 

  L'arc doubleau qui fait face à la chaire à prêcher est tout à fait singulier.     

  Appuyé sur un pan de mur de la tour démolie il présente trois rayons de courbure successifs, c'est dire s’il a été bricolé !

Les arcs formerets, c'est à dire ceux parallèles à l'axe de la nef, sont disparates côté choeur.

 

  Ces détails confirment que nous sommes bien en présence de bâtiments distincts séparés par un vide.

  Le simple examen de la façade sud de l'église présente une série d'anomalies qui ne peuvent s'expliquer que par le caractère composite de l'édifice. On peut se rendre compte d'un trucage parmi d'autres : les éclairages de la partie gauche de la façade du Midi rattrapent du faux équerre en s’enfonçant dans la façade, c’est la même chose à droite avec, en plus, le décrochement de la corniche.

  La surépaisseur du contrefort situé à gauche du portail du Midi rattrape une erreur sur la longueur de la façade parce que cet édifice est barlong. Autrement dit : il est cintré et la façade sud est plus longue que la façade nord. Les deux contreforts suivants sont particuliers : l'un est ruiné, l'autre et anormalement épais. En réalité ils encadrent l'emplacement d'une tour octogonale qui a été démontée parce qu'elle se trouvait trop hors profil.

À cet endroit on constate que le mur de l'église est d'une épaisseur faible : environ 60 cm.

  Ce mur atteint, selon mes calculs, plus de deux mètres d'épaisseur à la hauteur de la première chapelle située près de l'autel de la Vierge. Il est si épais qu’on a taillé un passage dans son épaisseur après l’installation de cet autel qui coupait l'accès à la salle basse du clocher, via la salle de garde.

   À l'intérieur, il suffit de considérer la profondeur croissante des chapelles pour se convaincre de l'erreur d'alignement.

   L’arc triomphal, celui qui surplombe l'arrière du maître autel a été découpé dans l'épaisseur du mur Est du donjon. À ce moment-là les bâtisseurs qui venaient de démonter la tour nord-est ont été confrontés à un problème grave.

   Cet arc triomphal ayant perdu une masse de contrebutement avec la disparition partielle de la tour (plusieurs centaines de tonnes) a commencé à se déporter vers le Nord.

 

 


 


 

On a donc construit une petite croisée d’arc au dessus de l'empreinte intérieure de la tour disparue pour supporter une nouvelle masse de contrebutement. Cette masse a été augmentée vers 1940.

   À la fin du XIIIe siècle le grand mérite des architectes de l'époque a été de réunir ces trois éléments dans l'illusion d'un seul bâtiment.

 

   Une autre curiosité réside dans le fait que le quatrième contrefort du Nord, en partant de l'Est, est le centre d'un cercle de 60 mètres de rayon qui décrit exactement la rue des Fleurs, la façade jaune de la maison en biais devant la sacristie, le milieu des maisons de la place Saint-Vincent et la tourelle de l'église servant de signal à feux.

  Nous sommes en présence des vestiges d'un oppidum probablement antérieur à la période romaine et probablement dû aux Tectosages. (C'est la même dimension que celui d'Arzens). Une seule observation permet d’affirmer au moins que cet oppidum est antérieur à la construction du donjon : ce cercle ne peut plus être tracé aujourd'hui dans sa totalité, précisément en raison de la présence du donjon.

  Toutefois il ne faut pas se leurrer, beaucoup de questions restent en suspens et il y a quelque chose à parier qu'elles le resteront longtemps au moins pour certaines d'entre elles.

 

  La vocation militaire de ce bâtiment est confirmée par la présence d'un escalier à double hélice dans le clocher. Nous avons creusé le palier semi-circulaire de l'escalier à la hauteur de la salle du premier étage, dite salle des Archives, en réalité salle de garde, et nous avons découvert un petit muret en contrebas. Une fois ouvert, nous avons découvert un second escalier descendant sous le premier qui aboutit derrière l’autel de la Vierge dans la nef. Cela permet de comprendre la distribution de l'espace.

 

 


croquis réalisé avec Sketch up (freeware).


La personne qui monte ne croise donc pas celle qui descend.

De l'intérieur de la forteresse on monte à la salle de garde et de celle-ci, on descend à l'extérieur. Les marches sont nécessairement raides (environ cinq mètres au tour) afin de conserver une échappatoire suffisante pour se tenir debout. L'avantage de ce genre d'escalier reste qu'il est autostable puisque il est simplement constitué d'un empilement de papillons de pierre posés les uns sur les autres, ils forment les marches opposées. C'est réellement une curiosité, un truc de fou, allez voir ça !

 

Notule : on remarque que beaucoup de papillons sont cassés, c'est une marque d'antiquité. En effet : quand l'architecture de pierre a commencé à se compliquer dans le haut Moyen-Âge, les constructeurs ont tâtonné un bon moment avant de trouver l'épaisseur idéale du lit de chaux entre deux pierres. Trop fin, et c'est le cas ici, les répartitions de pression se faisaient mal et la pierre cassait ; trop épais, la rigidité de l'ensemble en souffrait. Ce n'est que par une succession d'échecs et d'ajustements pragmatiques qu'on finit par trouver le bon rapport et ouvrir la voie au gothique qui suppose des contraintes superficielles plus élevées.




  De l'intérieur de la forteresse on montait à la salle de garde par la porte occultée aujourd'hui par  l’autel de la Vierge, et de cette salle, on redescendait à l'extérieur par l'escalier en service actuellement.

 

 

  C'est un escalier à vocation militaire puisqu'il permet aux défenseurs de se servir de leurs armes en tisonnant de la main droite tandis que ceux qui essaient de le forcer en montant sont bien gênés pour se servir des leurs à supposer qu’ils soient en majorité droitiers.

   Un escalier confortable, au contraire, tourne à gauche en montant puisque la jambe droite est supposée la plus forte.

  Nous pensions que cette découverte tout à fait exceptionnelle allait exciter la curiosité de quelques uns. Pas du tout : la seule personne qui la visita fut un employé communal qui tomba dans le trou en allant porter du grain empoisonné aux pigeons. Un flatteur sans doute. Tous les paquets de grains sont tombés dans l’escalier et vous pouvez aller vous servir, ce n’est pas demain que quelqu’un ira les ramasser. Ceci illustre l'immense intérêt que portent les autorités civiles de Montréal à la mise en valeur du patrimoine. C'est proprement consternant !

 

  La salle située au dessus de la salle de garde, ou salle des archives, est la salle de l'horloge. On y trouve une porte donnant sur le praticable, c'est-à-dire sur le toit en pierre des chapelles qui permet d'arriver jusqu'à la tour d'angle et à la balustrade de la face ouest. En fait ce cheminement est celui de l'ancien rempart.

  On a accusé les Huguenots d’avoir équipé les contreforts du chœur pour placer des hourds mais rien n’est moins certain.

   Cet aménagement peut aussi bien dater du XIVième. On avait toutes les raisons de le faire notamment celle relevée dans la lettre de Philippe III le Hardi de 1273. Celui-ci accepte l’idée d’agrandir l’église mais « absque detrimento fortalicii nostri », c'est-à-dire sans qu’on touche à sa fortification. Autrement dit : faites ce que vous voulez mais je veux garder ma forteresse.

  Et une fois le rempart masqué par la surélévation du chœur, il ne restait que l’installation de hourds pour satisfaire aux exigences royales.

  Dans cette salle de l'horloge, donc, en passant derrière le coffre de l'horloge primitive, on trouve un passage en plein cintre qui est aujourd'hui muré.

  

Il y a une bonne raison à cela : il donne sur le chœur. Comme il est peu probable que les gens s'amusaient à sauter dans le vide pour se distraire, il faut admettre que cette porte en plein cintre donnait tout simplement sur le rempart qui avait été largement ouvert, à la fin du XIIIe siècle, pour former l'arc triomphal situé au-dessus du maître autel. Les murs mesuraient six pieds d'épaisseur et pour une élévation de huit cela donnait 48 pieds de haut. Autrement dit : 14 mètres environ.

   Par ailleurs si on examine, de l'extérieur, le contrefort correspondant, au Nord, on y verra un passage muré qui correspond à celui de la tour de l'horloge donnant sur le rempart. La surélévation de l'église primitive, à la fin du XIIIe siècle, a causé la disparition de ce rempart sur la face est.

Sur le plan exact de la forteresse à l’Est des incertitudes demeurent. Par exemple, la porte cavalière ou bretèche, dont j'ai parlé plus haut au sujet du clocher, ne s'inscrit pas dans l'octogone de celui-ci mais l'outrepasse vers le Nord. Ce détail pourrait laisser supposer une extension de la fortification protégeant la chapelle ou l'église primitive. On aurait là l'explication de la présence de corbeaux de pierre sous la gênoise : ils auraient servi à assoir les hourds.

  Dans la masse même du clocher quelques anomalies d'épaisseur ou d'alignement restent pour le moment inexpliquées. On remarquera que l'escalier qui permettait d'arriver au niveau de la terrasse de la tour, c'est-à-dire sur le niveau de la salle des cloches, débouchait au milieu de celle-ci. Il a été fermé et, pour y accéder, on a créé un minuscule colimaçon dans l'épaisseur même du mur.

  

Cette forteresse est évoquée dans les pièces du procès de 1258.

 « nam caput dicti castri erat optime firmatum altis muris, et barbacanis, et profundis fossatis, et munitum centum quinquaginta hominibus forte armatis, et victualibus ad medium annum et amplius… »

En gros : ce « château » était bien défendu par de hauts murs, barbacanes et profonds fossés, il avait des réserves pour cent cinquante hommes d’armes et des provisions pour une demi-année et plus.

   Il me semble que caput désigne la forteresse elle-même tandis que castri désigne le village fortifié dans son enceinte circulaire. Les grands remparts seront construits plus tard.

   Il est bien probable que l'élévation des grands remparts, après le raid du Prince Noir qui avait désolé la ville en 1355, ait conduit à l'abandon des remparts propres de la Collégiale. En tout cas, pendant les Guerres de Religion, ils n'y sont déjà plus puisque les chapelles sont couvertes de tuiles. Et Thomas Bouge de préciser (Hist Eccl. du Diocèse de Carcassonne), que les Huguenots n'occupent que le cinquième de la Collégiale. Le clocher, sans doute.

Si les Montréalais n'avaient pas eu la fâcheuse inspiration de soutenir Montmorency, Richelieu n'aurait pas eu la non moins fâcheuse inspiration de mettre à bas nos remparts après l'Édit de Languedoc en 1630.

 

Etapes probables des travaux....

Essai de reconstitution des masses avant 1300

 

Le dessus de la voûte, sous le toit.

 

  

 

   Une date au crayon : 1753. C'est un système de couverture anti-incendie car les solives qui supportent les chevrons ne reposent pas sur l'arbalétrier mais sur un tympan de pierre. Le feu ne peut pas se propager.

   Il est bien possible que ce ne soit que la conséquence d'une préoccupation des architectes de l'époque qui, pour rendre plus solide leur croisée d'arcs, la "chargeaient aux reins" car ce genre de doubleau est moins stable que le plein cintre.

  Sur ce croquis le tympan du premier doubleau n'est pas représenté par souci de clarté.

  Les arcs de bonnet, situés en croix entre les doubleaux, construits plus tard, ont servi à plafonner masquant ainsi la charpente et les éclairage ronds.

 

 




Clé de voûte.

 

Naissance de gerbe

 

Quand Viollet-Leduc restaura Pierrefonds au XIX° siècle l'état de la géométrie descriptive à cette époque permettait déjà de calculer des patrons de taille très précis. Il en allait autrement au XIII° et on ne peut qu'être ahuri d'admiration aujourd'hui devant l'extraordinaire habileté des tailleurs de cette époque. C'est un savoir-faire fabuleux qui s'est perdu. Quand je vois l'Arche de la Défense ou la Pyramide du Louvre, j'ai toujours du mal à réprimer un léger sourire de commisération... De l'architecture, ça ? Non.

 



 

L'épaisseur d'un pied-droit

 

Dans son ouvrage "Précis d'archéologie du Moyen Âge", paru en 1924, Brutails nous donne une astuce empirique pour calculer l'épaisseur d'un pied-droit. Il suffit, dit-il, de tracer trois segments égaux... mais il ne donne pas la méthode de partage.


       

 





Francs Maçons

Ceci semble bien être leur chapelle aménagée au XIV° siècle ou avant. Elle est située dans la Collégiale.

Rappelons qu'il s'agit de la franc-maconnerie opérative qui n'a rien de commun avec les fumeuses élucubrations des Tabliers d'aujourd'hui.

 



 



 

 

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