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Jean de Montréal, Templier...
On a soutenu que Montréal avait une commanderie templière, on l'a répété comme article de foi et c'est devenu une vérité historique. Je n'en suis pas si certain. D'autant qu'on a rien retrouvé dans les archives.
Pour remonter la piste de Jean de Montréal, je suis parti des minutes du Procès des Templiers ; les plus accessibles sont sous la forme d'une transcription en latin, en deux tomes, donnée par Michelet au milieu du XIXième siécle. Ce que j'ai fait et c'est plutôt longuet. Et là, effectivement, on tombe sur un Jean de Montréal, du diocèse de Carcassonne, à plusieurs reprises.
Cet homme n'est pas n'importe qui, c'est l'un des juristes délégués par ses frères devant la justice royale et écclésiastique. Les Templiers sont dans une situation désespérée car ils sont un enjeu entre un Philippe Le Bel extrêmement puissant et un Pape, Clément V, dont on dira beaucoup de choses sauf qu'il est honnête et courageux. Les deux prédateurs veulent de l'or.
Jean de Montréal s’exprime dans une langue qui est marquée par l’occitan, il est juriste. Je rapproche ceci du fait qu’en 1240, Montréal a été érigé en châtellenie royale, c'est-à-dire en Cour d’Assises de nos jours, ce qui a amené dans la ville une profusion de gens de loi. Nombre d'entre eux étaient des gens de langue d'Oil.
On peut imaginer qu’il ait été l’un des fils de cette première génération de juristes dans ce pays de tondeurs de moutons.
Les interventions de Jean de Montréal se font dans une langue qui se distingue de celle employée dans le texte des Leudes de Montréal à la même époque, elle est assez facile à comprendre d'autant plus, comme le rapporte Michelet, que le scribe est italien et qu'il apporte une touche phonétique personnelle à sa transcription. Il parle presque français.
Jean de Montréal est un homme qui a été torturé, humilié, et il plaide. On sent que son esprit n'est pas abattu et qu'il défend avec intelligence sa ligne juridique avec une fermeté d'âme qui suscite un immense respect. On ne peut s'empêcher d'éprouver pour lui de la compassion. Il était vraiment au mauvais moment au mauvais endroit.
Je retiens de mes lectures que si Clément V a cassé l’Ordre et a laissé faire des procès personnels, il n’a jamais voulu permettre le procès à l’Ordre sachant que, dans ce cas, les biens immeubles seraient tombés dans la propriété du Bras Séculier, selon l'usage. En effet l'Ordre, comme personne morale, aurait été hérétique et ses biens confisqués par le roi.
Philippe IV en a voulu à Clément V de ce fait, bien qu’il ait largement profité des biens meubles et honteusement taxé les Hospitaliers qui avaient été affectataires des biens immeubles. Clément V s'en est mis plein les poches au passage.
C'est donc pour de l'or que les Templiers ont été lâchés par Clément V car, aurait-il permis le procès de l'Ordre, ses Membres n'auraient pas été torturés comme des bêtes. Ils ont préféré le supplice à la trahison.
Pour ce qui concerne Jean de Montréal, trois hypothèses restent possibles pour le moment : il a été supplicié juste après le concile de Sens en 1309, il est mort en prison ou bien il a réussi à s’échapper, ce qui est l’hypothèse la moins probable. En tout cas, après cette date, il n'est plus question de lui.
A moins que...
A moins qu'on s'intéresse à la simultanéité de plusieurs faits : la création de la Leude de Montréal, la disparition de la Commanderie de Saint Antoine dont les biens furent affectés à la manse canoniale du Chapitre en 1317, la facture du tombeau de Clément V à Uzeste que les Montréalais ont payée sur les revenu du décimaire de St Jean du Bas et on peut bien se demander pourquoi, et l'établissement du Chapitre Collégial par un Pape, Jean XXII, qui curieusement était aussi curé de Saint André de Sénessine à Montréal. Cela fait beaucoup d'événements en même temps entre des gens qui se connaissent ; statistiquement le hasard ne doit pas y être pour grand chose.
S'il est une chose dont je suis certain c'est qu'on ne sait pas tout. Rien n'empêche d'imaginer que Jean de Montréal ait sauvé sa vie et qu'il soit revenu à Montréal en service commandé, sous une autre identité (on a des exemples), comme négociateur d'un fameux arrangement entre le roi de France et le Pape sur Montréal.
Un de ces arrangements secrets, extrêmement alambiqués où chacun finit par trouver son compte. Un de ces arrangements qu'on ne crie pas sur les toîts. Qui, mieux que Jean de Montréal, connaissait le dossier ?
Montréal, après tout, était propriété de Philippe le Bel, le Pape y était curé, il existait une commanderie des Hospitaliers de Saint Antoine qui avait survécu à l'épisode cathare et qui, en principe héritait des biens de l'Ordre.
P.S. : Je me suis appuyé principalement sur deux auteurs considérables : Michelet et Lavocat, et sur d'autres. Je crois qu'il n'y a aucun mystère des Templiers : ils ont été kidnappés par Philippe le Bel, torturés comme des bêtes, pour leur faire avouer l'existence d'un complot hérétique organisé par l'Ordre. Ils ont préféré mourir misérablement que de mentir. Requiescant in pace !
Tout ce qu'on a pu leur mettre sur le dos comme turpitudes est de la même veine que les accusations dont a chargé Pie XII bien plus tard. Homme d'église est aussi un métier à risques !
Convocation des Montréalais aux États généraux de 1308

C'est du latin de cuisine, il n'est pas trop difficle de comprendre le sujet. Ces Etats généraux eurent pour principal sujet l'affaire des Templiers, ce qui est indiqué dans la convocation : super facto seu negocio Templariorum litteratorie emanatum. Il a lieu à Tours, Turonis.
Ce document est également intéressant puisqu'il nous donne quelques patronymes de nos illustres prédecesseurs : Béranger de Rébenty ; Guillelm de Carrolis ; Isarn Sicard,notaire ; Arnald Vive ; Jean d'Azille, de Montréal. Raymond de Sellis de Ferrand et Guillem Ponce notaire public de Montréal.
Philippe IV sera assez vicieux pour faire porter le chapeau aux représentants des Etats généraux à partir de faux documents.
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