Le tracé des remparts.

 

   Depuis les temps les plus anciens, les remparts circulaires de Montréal étaient bâtis de terre, comme c'était la coutume en Languedoc. Ceux élevés au XIV° siècle furent élevés en belle pierre de taille en certains endroits, à d'autres en briques et galets.

 

La mise à disposition au grand public de photos satellite d'excellente qualité a permis de scruter le village avec une précision inespérée. On a ainsi découvert que la place de l’Espérou était parfaitement ronde et que de son centre on pouvait s'aligner sur la rue des Remparts, d'un côté, et de l'autre sur la façade du presbytère. Toutefois cette disposition semble bien être la modification d'une implantation primitive pour satisfaire aux exigences de l'artillerie naissante. Auparavant, le rempart, dans ce secteur, allait droit de la Rue Nationale à la rue des Remparts.

   On le retrouve dans la caserne des pompiers, sous la façade de la mairie, dans la maison de Pépita, dans la rue de la Conciergerie à hauteur de la maison Maman, rue de la Pissotière du Cinéma (qui s'appelle en réalité : Rue des Prisons), devant la maison de lord Denizon, pour arriver à l'angle du jardin de Labourgade.

  De là il suivait la rue des Tilleuls, aboutissait à la tour carrée du café Couronne pour filer en direction de la place Monseigneur Belmas.

  Toujours en ligne droite il rejoignait la rue Victoire à l'endroit où elle fait un coude et de là il remontait jusqu'à la jonction avec la rue Malbec. Ensuite il repartait vers l'Est, sous les maisons de la place Saint-Vincent jusqu'à celle qui domine la Place Vieille (dite : Joseph Baby).

  À cet endroit se trouvait la porte fortifiée dite du Razes ou Ayguière, qui était protégée par la puissante tour du clocher.

  Continuant sous la maison Baby, passant dans la remise de Nono il rejoignait  la maison de Françon qui fait pièce au jardin de Firth, rue des Remparts.

 

  Clément Pech soutenait non sans raison qu'à une certaine époque existait une poterne au croisement du rempart et de la rue des Pénitents. À côté de la maison de Flou. Si on regarde attentivement le pilier d'angle on remarquera qu'on y avait installé un éclairage public au début des années 1900. Sans doute la réminiscence de la présence d'un corps de garde. En tout cas, avant la Guerre le lumignon y était encore.

 

  Il ne faut pas oublier que les remparts de la ville ont évolué en même temps que l'urbanisation. Il est extrêmement difficile de démêler exactement les remparts secondaires ou autres aménagements défensifs qui ont accompagné cette évolution.

 

  C'est le cas par exemple du quartier du Caire. Il est probable qu'à une certaine époque ce quartier ait été fortifié, il est possible de relever des vestiges que ça et là.

  Il en va de même pour le grand bâtiment du Patronage. Au XIVe siècle il servait de magasins au chapitre collégial et il est peu probable qu'il ait été situé en dehors des remparts.

  Des aménagements parfois considérables ont été entrepris sans qu'on en ait la moindre trace écrite.

Par exemple lors des travaux de réfection de la maison de Germaine, aujourd'hui maison Comber, on s'est aperçu que la Place Vieille était en partie construite sur une volée d'arches en plein cintre. Ce qui laisse supposer que précédemment à ces travaux il existait à cet endroit une escarpe qui protégeait la porte Ayguière, lors des travaux du tout-à-l'égoût, on a constaté que le remblai atteignait plusieurs mètres.

  La chance a voulu qu'en regardant entre les pierres on trouve une pièce de billon qu'on a pu identifier après de longues recherches. Cette pièce avait été frappée en 1328 ce qui laisse supposer que les travaux en question ont de bonnes chances d'être du XIVe siècle ou d'avant.

  Nous conservons quelques documents relatifs au XIVe et aux siècles suivants qui permettent de savoir par exemple que le quartier de Barcelone n'a été compris dans la ville de Montréal qu'à partir des premières années du XV ième.

   Le nom de Barcelone, d'après des recherches qui ont été faites, est d'origine sans doute préceltique. Il serait formé du radical « bar », qui indique une maison construite en pierre ou un aménagement en pierre, et du radical « sus » qui indique une position élevée. Ce radical « bar » se retrouve dans « barry» et peut-être dans le toponyme «barrabe ».

  Ce quartier de Barcelone qui se situe en bas de la rue Haute au moment où celle-ci fait une fourche peut donc être identifiée comme un quartier distinct de Montréal jusqu'à la fin du XVe siècle. Il en va sans doute de même pour le quartier du Caire où on a relevé des sépultures très anciennes.

  Le troisième quartier primitif de Montréal a pu être le quartier militaire, c'est-à-dire celui des envahisseurs du moment, et on ne le voit pas ailleurs qu'à proximité de la Collégiale qui servait de forteresse. Un quatrième quartier sur lequel nous n'avons guère de renseignements a pu être celui de la Terrasse mais là nous sommes dans le domaine de la conjecture pure.

  D'un point de vue administratif les choses sont différentes puisque Montréal est divisé en quatre quartiers qui ont chacun leur consul.

  Ces quartiers sont la porte du Château, la porte Esquine (qu'on orthographie quelquefois porte Esquive, ce qui est fautif dans la mesure où le mot dérive du haut germanique « skena » qui signifie «fort »). En tout état de cause cette porte du village ne servait pas à s'esquiver, comme déjà entendu, mais au contraire à empêcher les gens de rentrer.

  Nous avons ensuite la porte du Razes ou porte Ayguière et enfin la porte de Barcelone.

  L'étude du compois dit de "Louis XV" permet de comprendre beaucoup de choses car il a été dressé environ un siècel et demi, peut-être un peu moins, ans après la destruction de ces remparts.

 



En rose, les remparts de Montréal depuis l'origine. Au milieu du XIV° siècle, on élève les grands remparts, en jaune, qui seront modifiés en plusieurs occasions, notamment au début du XVI°. Photo satellite Google Earth.

 

 

  Sur les deux vues ci-dessus, le Quartier des Carmes à deux cent cinquante ans d'intervalle.

  Ces vues prolongent celle du dessus par la droite. On remarque d 'abord que nos ancêtres savaient lever un plan correctement. Le trait jaune, sur la photo satellite du dessus, indique la rue du Four. Cela indique, en général, que nous sommes à proximité d'une porte de la ville parce que les boulangers chauffaient avec des fougères ou des fagots encombrants à transporter. A priori cela donnerait raison à Pech de La Clauze qui situe, à cet endroit, la porte des Carmes ou de Barselone mais cela ne colle pas avec le reste des observations qui tendent à établir le rempart, rue des Remparts précisément, c'est à dire plus haut. Deux époques différentes sans doute...

 

Dans l'inventaire des biens du consulat, en 1461, on trouve l'inscription ci-dessous :

Item III forns I alagayta del castelh autre

a porta barsalona elautre a porta Rezes

Il s'agit des trois fours de la communauté auxquels il faut ajouter celui du Chapitre (Pl. de l'Espérou) et celui du châtelain (?). Celui de la Porte du Château semble bien avoir été celui de l'ancienne boulangerie Huillet, rue Bourbon ; Porte de Barselone, celui dont on vient de parler plus haut, celui de la porte Rezes à vrai dire, je ne vois pas trop. Peut-être la maison de Françoise Combes ou la maison Comber.

Plus tard viendront s'installer d'autres fours. Sept ou huit en tout.

 




La démolition des fortifications de la Collégiale


Transcription Nègre / Duday

 




  L'an mil six cent trente-deux et le vingt huitième jour du moys de septambre, nous, Michel de Lacaze, escuyer, conseiller du roy et son capitaine de la ville, et chastellenie de Montréal, estant dans la ville de Limoux ou nous avions este constraint nous réfugier par 1'ordre et commandement de Monsieur de Mangot, Maître des Requêtes de l'hostel de Sa Majesté, a cause de la surprinse qui avoist este faicte par le sieur d'Alzau, et ses adhérants de l'église forteresse et dicte ville de Montréal seroient survenus les dits sieurs Pierre Cotfinal et Barthélémy Bailot, consuls du dit Montréal, M. Ramond Albiges, procureur du roy, et autres habitans delade ville qui nous auroient dict avoir este desputes par délibération du conseil dujour d'hier  pour conjoinctement avec nous aller faire la reverance  a Monseigneur le Mareschal de Schomberg  quy pour lors estoict dans la dite ville de Limoux, lui rendre compte de la surprise quy avoict este faicte de la dite ville de Montréal par les rebelles a Sa Majesté, et comme les magistrats et consuls en la melheure et plus saine partie des habitans  navoienct en rien coopère a ceste surprise, ains au contraire s'estoinct maintenus en la fidélité subjection et hobeissance qu'ils doibvent et veulent rendre toute leur vie au service du roy.

  Ce qu'ayant este faict, nous aurions a mesme temps reçu lettre des autres consuls du dit Montréal,

quy nous envoyaient que le sieur Dalzau ayant quitte la place avec tous les cavaliers et soldats de la garnison, il s'en seroict à l'instant repenti et auroict fait son effortz de se remettre dedans ; mais il auroict este repousse par les habitans quy se seroient saisis de la dite église ensemble des portes de la ville laquelle lettre ayant été communiquée audi Seigneur Mareschal, il se serait curieusement informe de l'estat de lad. place et des fortifications quy y estoient et me ayant apprins que ladite église servoict de citadelle et forteresse depuis l'année mil cinq cent quatre-vingt-trois, que les Huguenots ayant surprins ladicte ville et brusie toutes les maisons quy estoienct jusques a lad" église ils l'auroient conservée et faict en icelle quelques fortifications a la faveur desquelles ils se seroient maintenus dans lad" ville environ dix-huit moys et n'en seroienct sortis que par composition.

  (Il aurait appris que) les habitans ayant du depuis laisser lad" église en l'estat et garde d'icelle avec grand soin et despanse pendant tous les troubles et mouvements de guerre quy estoient arrives despuis dans le royaume jusques au moys de Julhet dernier que ( = où) le sieur Dalzau par la faveur et intelligence de quelques habitans se seroict saisi de la dite église et s'y seroict maintenu a la faveur des mesmes fortiffications et autres qu'il y auroict faictes. Ce qu'ayant este entendu par le dict seigneur mareschal il auroict enjoint aux consuls et habitans de s'en retourner promptement au dit Montréal et faire abattre toutes les fortiffications qui estoient dans lad" église affin qu'a l'advenir personne ne s'en puct saisir contre le service du roy ; et parce que ledit seigneur mareschal estoict sur le poinct de partir pour s'en aller du cousté de Lagrasse il nous auroict commandé de le suivre pour recevoir par escrit la commission qu'il nous donnoict pour la desmolition des dictes fortiffications, ce que nous aurions faict. Et le

lendemain, vingt neuvième du moy de septambre, le dit seigneur mareschal nous auroict faict expédier ladite commission dans le chasteau de Servies estant de teneur :

  Le Mareschal de Schomberg, Lieutenant Général de larmee du roy,

Vu que nous aurions este deuement informe que le sieur Dalzau s'estoict empare de la ville de Montréal contre le service du Roy et qu'il y estoict demeure a la faveur des fortiffications quy y sont. Nous, désirant empêcher que cela n'arrive plus et donner mouyen aux habitans de se maintenir en l'hobeissance de sa Mageste, avons commis et deputte, comettons et députons, le sieur de Lacaze chastelain dudit Montréal pour faire procéder aux desmolitions des fortiffications de leglise de ladite ville et autres travaux de la place et pour cet effet mandons et enjoignons aux consuls du dit Montréal de constraindre les habitans et fournir des hommes nécessaires pour les dites desmolitions sous peyne de deshobeissance.

Faict au camp de Servies ce vingt neuvième jour de septembre 1632.

                      Schomberg

et plus bas par mondit seigneur baltasar.

  Laquelle commission ayant este par nous acceptée, serions a mesme temps parti pour aller procéder au faict d'icelle et, estant arrives au dit Montréal le premier jour du moy d'octobre, nous aurions communique la dite commission aux consuls de la dite ville et principaux habitans que nous aurions a ses fins faictz assembler et tous ensemble, nous estant transportes a ladicte église aurions trouve la porte dicelle du couste de Cers avoir este murée  pendant le séjour du dit sieur d'Alzau, et, outre ce, (aurions trouve) y avoir este faict de nouveau une petite garitte et une palissade pour la défense de ladite porte. A cause de quoy nous aurions adjoinct aux consuls, en vertu du pouvoir a nous donne par ladite commission de faire promptement ouvrir ladite porte et abatre las autres fortiffications

a quy lesdt consuls auroinct offert de satisfere, et, a ces fins, ils auroient faict procéder aux desmolitions le second et le treizième du dit moys.

  Et le quatrième du dit moys d'octobre nous dit chastelain et commissaire, continuant nostre commission, nous serions monté au clocher de lad" église en compagnie desd consuls et de plusieurs habitans pour vérifier l'estat d'icelle. Et, nous estans exactement informes avec les plus anciens desds habitans si lad" église avoict este de tout temps en lestât mesme quelle estoict presanteman, il nous auroict este dict qu'anciennement et avant l'année mil cinq cents quatre-vingt-trois lad" église estoict au milieu de la ville, laquelle (église) ne servoict a autres usages que pour y assembler les chrestiens pour louer et prier Dieu.

Mais en lad" année les Huguenots ayant surprins lad" ville (aux) heures de nuict auroinct brusie plus de la moytie des maisons et faict un retranchement de lad" ville a l'endroit mesme où il est a présent, ayant conservé lad" église et donne a icelle le nom de citadelle quelle a garde despuis ; et,

pour la mètre en estât de la pouvoir garder de jour et de nuict, ils auroinct relevé les toitcz qui estoinct sur les voûtes des chappelles qui sont alentour de lad" église affin dy pouvoir passer dessouls et faire la ronde  et y auroinct faict les autres petites deffances quy y tiennent encore a présent, basties de bricque, le corps de l'église estant tout basti de pierre.

  De sorte quayant vu en délibération avec les consuls et habitans les desmolitions qui seroienct nécessaires pour le service du Roy et le solagement de son peuple de lad" ville et non préjudiciables a lad" église, auroict este résolu que, pour empescher les mauvais dessains que les ennemis rebelles a sa mageste pourroinct avoir aladvenir sur ceste place, et pour réduire les habitans des soins et despances extraordinaires quils estoinct obliges de faire pour la garde d'icelle au moindre mouvement ou bruict de guerre quy survenoict dans le royaume, il estoict nécessaire de remesttre lad" église en son premier estât et ce (en) faisant abatre les petittes deffances de murailles de bricque quy estoinct a lenteur de lad" église, (en) rabaissant le toict desdes chappelles et remettre (et en remettant) la thuile sur la voûte d'icelles pour recevoir les eaux pluviaux sans aucune incomodite de lad" église tout ainsi quil estoict jadis.

  Ce qu'ayans este par nous exactement considéré, aurions estime pareilhement estre important pour le service du Roy de (le) faire mètre a exécution; a cause de quoy, conformément a votre dite comission nous aurions adjoinct auxds consuls dy faire travailler avec le plus de diligence qui leur seroict possible et dy employer les matériaux nécessaires et se charger de ceux quy pourroienct estre de reste soict de bricque ou bois pour en rendre compte et quand il appartiendra ce qu'ils auroinct offert faire. Et parce que nous aurions este occupe pendant quinze jours ou plus pour aller faire nous (pour nous aller faire = pour aller faire notre) submission aux pieds du roy en la ville de Tholoze et pour deffendre l'interest de la communauté dudt Montréal contre ceux qui poursuivoinct devant sa Majesté la translation du dudt Montréal en la ville de Carcassonne soubs prétexte de la prétendue rébellion desdit habitans, le tout en conséquence des délibérations des consuls sur ce prises, nous n'aurions pu assister auxdites desmolition jusques au troisième du moy de novembre suivant, questant (où estant) de retour dans lade ville y seroist survenu Monsieur de Belejambe M" des Requestes en I'hostel de sad" maieste venant du monastère de Prouille lequel ayant désire voir le travail quy se faisoict aux d" desmolitions, en auroict nons seulement loue le dessein mais encore auroict très expressément enjoinct aux consuls et a nous de faire abatre promptement lesde fortiffications et se baisser le toict desde chappelles ; en sorte qu'il ny restât poinct de marque ni apparance que lade esglise eust servy de citadelle contre le service de Sa Majesté ; ce quy auroict este exécute avec tout le soin et diligence possible, ayant lesds consuls forny les hommes nécessaires tant pour lesde desmolitions que pour remettre le thuile sur la voûte desd" chappelles et faire les réparations quy auroienct este jugées utiles et profitables pour la conservation de lade esglise par l'advis des habitans et maîtres massons quils y auroienct employés et pour subvenir (ayant subvenu) a partie des frais nécessaires tant pour le paiement desds massons et manouvriers que pour l'achat ou port de chaux et sable. Lesds consuls auroinct faict vendre a l'enquand public le bois et la bricque qui auroict este de reste, ayant offert d'en rendre compte quand et a qui il appartiendra.

 

  Et en autres actes n'avoict este procède, en foy de quoy nous aurions signe avec lesds consuls et habitans subsignes cosentans a tout ci-dessus.

Delacaze, chastelain et commissaire. De Labeau consul, Coffinhal consul, B. Bailot consul, Arguilhoux consul, d'Auriol, Albiges, J.B. Itier, Perier, Caranave, Fort, Lacaze, Just, P. Guiraud, Dolmieres, Guiot, Mathieu, Vidai, L. Albiges, Alanis, Albiges et autres

signes a l'original dont le présent extrait a este tire par moy Remaond Fabre notere royal dud. Montréal signe Fabre, notaire.

J'ai l'original devers moy.

Delacaze.


Note : dans cette affaire les Montréalais ont joué gros, ils recevront la facture un peu plus tard. Les consuls se prosternent pour éviter la vengeance royale. Il y a eu manifestement une trahison de la part des Montréalais qui ont pris fait en cause pour Montmorency contre le Roi.

On constate que les chapelles latérales étaient couvertes de tuiles. Depuis probablement l'érection des remparts puisque le périmètre de sécurité avait été élargi après le raid du Prince Noir en 1355.


Controverse sur l’emplacement

des remparts de Montréal.

Méthode de modélisation informatique.


Un historien récent, dont le nom ne nous est pas parvenu, soutenait que l’emplacement des remparts de la ville était précisé par la mention « murailles de la ville » portée sur le compois de Louis XV. Et, par conséquent, avait proposé cette hypothèse comme démontrée.

C’est une affirmation qui mérite discussion, à mon avis.

 

Je fais à ce sujet une première remarque. Le mot muraille n’est pas l’équivalent du mot rempart. Une muraille, dans le sens commun, est une élévation maçonnée dont l’usage n’est pas forcément défensif. Une muraille peut servir à contenir une terrasse par exemple. Il en va autrement de rempart qui est un terme d’architecture militaire.

La seconde remarque tient aux principes de l’architecture militaire précisément.

Les ingénieurs de l’Antiquité savaient déjà par expérience qu’une catapulte devait être calée à environ 33 degrés sexagésimaux sur l’horizontale (à cause la résistance de l’air) pour avoir une portée maximale.

Ils savaient aussi que dès que la cible se trouvait en hauteur il fallait incliner la catapulte en conséquence et que, de ce fait, sa portée se trouvait singulièrement réduite. C’est ce qui explique d’ailleurs qu’à Montségur la position de la pierrière, en contrebas, est proche du château alors qu’en terrain plat elle aurait pu se reculer d’au moins cent mètres, en première approximation.

A l’inverse, une cible placée plus bas permettait d’en allonger la portée.

Les architectes qui implantaient des remparts savaient eux aussi ces choses, n’en doutons pas. Leur première préoccupation, dans un plan radial, était de construire des  remparts dont le caractère défensif était renforcé par la pente naturelle du terrain. La seconde, dans un plan tangentiel, était d’éviter de bâtir sur un emplacement qui aurait pu être battu directement à partir d’une hauteur relative située sur le côté.

Exemple : construire le rempart à l’actuelle Porte des Rozes l’aurait rendu vulnérable aux tirs d’une pierrière située à l’actuelle rue de la Concorde. Il aurait été situé en contrebas et soumis aux tirs d’enfilade. Le pire cas de figure, en somme.

C’est à partir de ces considérations que j’ai recherché les vestiges du rempart, celui démoli sur l’ordre de Richelieu.

Quand on sait ou chercher les résultats ne tardent pas et c’est ainsi que j’ai pu en voir des faces ou des sections à plusieurs endroits. La plus belle section reste celle qui se trouve dans la remise de Pépita Matéo, derrière sa cuve à mazout. C’est du cinq pieds d’épaisseur en franche pierre de taille.

Si on accepte le principe d’une élévation de huit fois l’épaisseur, cela donne une hauteur à peu près équivalente à celle de la maison et si on considère que celle-ci est placée en haut d’une escarpe naturelle importante, il est aisé de comprendre la puissance de la défense. De quoi décourager les assaillants les plus enthousiastes.

 

J’ai voulu illustrer mon propos par des vues en trois dimensions au moyen d’un ordinateur, voici la méthode suivie.

Je suis parti d’un plan cadastral du village sur lequel j’ai noté l’altimétrie que j’ai trouvée sur Google Earth. Ce n’est sans doute pas d’une extrême précision et mieux aurait-il valu sans doute partir de données IGN ou d’un maillage de géomètre.

Pour avoir une emphase verticale, je ne me suis servi que les deux derniers chiffres des élévations aux endroits caractéristiques.

J’ai importé cette image dans Sketch-up qui est un fantastique logiciel d’architecture en trois dimensions. Et en plus il est gratuit !

Ensuite j’ai dressé, à partir du plan de l’image horizontal, des lignes verticales dont la longueur correspondait aux élévations aux endroits caractéristiques.

A partir de là j’ai triangulé les extrémités entres elles pour avoir une surface de synthèse que j’ai traitée avec les options.

Sur cette image de base j’ai dessiné les remparts en surface que j’ai développée par intégration vers le haut avec l’outil ad hoc et ceci jusqu’à traverser le patatoïde représentant la colline.

Ensuite j’ai utilisé l’option ombre pour donner du relief.

 

L'anneau représente l'oppidum primitif.

 

Voici le résultat pour mon hypothèse. C'est assez cohérent et c'est confirmé par les résultats de l'observation du terrain. Mais il en faut plus pour convaincre !

 

 

Ci dessous l'hypothèse des "grands remparts".

C'est la version officielle. On voit tout de suite que ça fait parc à bestiaux ouvert à tous les vents. Cela me semble bien éloigné de la vraisemblance pour les raisons évoquées plus haut.

A mon avis l'erreur vient encore une fois de ce qu'on projette une situation passée sur une situation présente.

Dans la deuxième partie du XIV° Montréal est exangue. Peste, Guerre de Cent Ans et famine. La population a été divisée par quatre, celle-ci vit dans des gourbis qui évoquent plus la banlieue de Calcutta que la ville d'aujourd'hui. Pas d'argent, pas de main d'oeuvre.

Alors évidemment, on ne va pas faire dans le grandiose, les remparts protègent exclusivement les administrations royale, ecclésiastique et judiciaire.

Le petit peuple n'a qu'à se réfugier dans les bois quand ça chauffe...

On a des raisons de penser que l'extension qui domine le Cayre, au Sud, pourrait avoir été construite au milieu du XV° siècle, époque de travaux complémentaires sur la Collégiale. J'y reviendrai.

 


En quelle année furent-ils construits ?

   

    Sabarthès écrit quelque part que ces remparts furent construits en 1364, en tout cas pas après.

Ce qui suppose que leur édification aurait commencé quelques années avant.

 

    Sous la plume de Camille Renaux nous avons quelques détails :

 

    "Le premier soin du roi de France Philippe VI, quand il se vil menacé de la guerre par Edouard III, roi d`AngIeterre, fut de visiter le Languedoc. Des le 30 janvier I336 nous le trouvons à l'abbaye de Prouille, venant de Toulouse et du Toulousain, et peu de jours après à Carcassonne...

...Les Armagnac tinrent le comté de Rouergue; les comtes de Foix, de nombreux chateaux dans l’Albigeois.

En 1310 le comte de Foix avait cédé aux d’Armagnae, à titre d’échange, le chateau d’Alairac, avec Arzens et Preixan et autres terres de la chatellenie de Montréal.

La ville de Montréal même avait passé d’abord des comtes de Carcassonne aux comtes de Foix, non sans contestation de la part des rois de France qui tenaient le château, et en firent un important chef-lieu administratif. Le chatelain royal de Montréal exerçait sa juridiction sur Limoux, le Razès, et les terres des seigneurs de Mirepoix...

...Le 23 Août 1346... le duc Jean designa le comte d`Armagnac pour le remplacer en Gascogne et Languedoc; le même jour il autorisa la ville de Toulouse à restaurer ses défenses, abattues en partie en 1229 : travail qui dès 1352 était à peu près terminé. Les murailles alors constrtruites ont duré en partie jusqu’au XIX° siècle.

En février 1347, les villes de Carcassonne, Limoux, Montréal et d'autres reçurent également la permission de se fortifier, nonobstant les ordres contraires donnés du temps de la Croisade des Albigeois.

Les désastres de Crécy et d'Aiguillon faisaient craindre une attaque prochaine du Languedoc."

 

En gros, les deux sources concordent. Quand le Prince Noir attaqua Montréal en 1355 il est fort probable que les remparts n'étaient pas finis. Il est des chantiers de travaux publics qu'il ne vaut mieux pas retarder, on ne le dira jamais assez...

 

1461


 

Note sur la population.

Il est extrêmement difficile d'avoir une idée précise sur l'état de la population à une époque donnée. Levasseur et Schöne ont des opinions voisines que la critique n'a pas éreintées.

Autour de 1000, la France compte cinq à six millions d'habitants, au début de la Guerre de Cent ans, de 15 à 18 millions ( la peste en décimera environ 30%), au début de l'Empire 28 millions. Ça, c'est le modèle général mais il se module localement. Montréal passe, par exemple, de 5/6.000 habitants au début du XIV° à un gros millier cinquante ans plus tard.

En taillant large on peut estimer que la population de l'Aude, qui ne semble pas s'éloigner du régime général, est dix fois moindre pendant le Haut Moyen-Âge et quatre fois moindre sous Philippe VI qu'aujourd'hui.

En conséquence, quand on lit que l'armée des Croisés comptait deux cent mille hommes et avait massacré soixante mille Bitterois, on comprend tout de suite que c'est du pipo. En divisant par dix, on a de meilleures chances d'approcher la réalité.

La leçon est aussi qu'il ne faut pas plaquer des schémas socio-politiques d'une époque sur une réalité actuelle.

On trouve en histoire une redondance de titres nobiliaires qui en imposent à l'imagination, surtout si on a vu jouer Jean Marais dans des films de cape et d'épée, mais il moins facile de comprendre que dans la réalité certains seigneurs vivaient dans des conditions de fortune et de confort qui ne devaient pas être très éloignées de celle d'un chef de village de l'Ombella-M'Poko, Oubangui-Chari (aujourd'hui ; République Centrafricaine). La mobylette en moins...

 

 

Le manuscrit de 1461

J'en donne ici une traduction qui est approximative et incomplète. Si quelqu'un peut m'aider, il sera le bienvenu...

 

1– L'année de l'incarnation de Notre Seigneur année 1461 et le dixième jour du mois

2– d'Août l'illustrisime prince ... Louis roi des

3– Francs règnant; Sachent tous (que) le prud'homme Guih

4– ermo de

5– rogerii eorum tam consuli et

6– etiam nomine universitatis ejusdem loci tradiderunt

        aussi au nom de la communauté dudit lieu se sont entendus

7– ad reparendum et de novo construendum et haedifficandi quodam

       pour réparer et de construire à neuf et élever lesquels

8– parietes meniaram ville ejusdem loci qui sequitur et

       murs de défense de la ville dudit lieu ce qui suit et

9– primo quoddam frustum parietes existens inter januam

        premièrement lesquels morceaux de mur existant entre

10 – porte Reddesis et porte Aguerie et quodam iliud

        la porte des Rozes et la porte Ayguière et cet autre

11– frustum etiam existens inter portam vocatam porte Esquine

        morceau aussi existant entre la porte appelée porte Esquine

12– del carme et januam porte vocata aguerie  et quoddam alius

        et l'entrée de la porte appelée Ayguière et cet autre

13– frustum quod est in periculo cadendi porte januam porte

          morceau qui est en danger de tomber à l'entrée de la porte

14– del castelh et porte Aguerie...

       du château et porte Ayguière ... petro dura ...

15– vallifactor... loci de la Villieta ibidem porte et ...

...

17– quodlibet ...mensurado prolongitundine et altitudine

18– ejudem et habibit 3 pede ... amplitudine

   Ces quatre lignes sont une description des travaux et donne des dimensions, c'est un devis en somme. Je ne suis pas encore arrivé à en faire la transcription finie. Il faut dire que ce n'est pas de la tarte, le scribe écrit comme un cochon.

 

 

 

 

Ce qui est curieux c'est qu'il n'est pas fait mention de la Porte de Barcelone. Parce que cette partie aurait été en parfait état ? Il ne semble pas puisque, lignes 11 et 12, on passe de la porte Esquine à la porte Ayguière, ce qui élimine complètement le quartier de Barselonne. Un demi-siècle plus tard ce quartier est cependant noté dans les délibérations comme ayant un consul. Cette observation ne simplifie rien...

 

Remarque à propos de la ligne 10 : porte Redde(n)sis. Je trouve dans Marca, Histoire de Béarn p. 698, qui cite le continuateur d'Aimoin, la mention Pagi Reddensis en 788. Il n'y a guère de possibilité dans le contexte général pour identifier ce pays autrement qu'avec celui des Wisigoths. Il est étonnant par ailleurs que l'orthographe Reddensis ait traversé huit siècles sans être altérée.

Je vois d'autre part qu'on distingue, du temps de Charles le Chauve, le gouvernement de Carcassonne et de Redas de l'Église de Narbonne et de Razes du temps de Charles le Simple. Soit à cinquante ans d'intervalle.

Le d s'est transformé en z, avec l'usage rien de plus normal, quoiqu'on devrait trouver Rezensis dans le manuscrit de Montréal des siècles plus tard.

Je me demande si Redas et Razes ne désignent pas deux choses différentes. Je penserais presque que Reddensis signifie : les Wisigoths en tant que personnes et que razes le pays de ceux-ci, ou bien, tout à fait autre chose. Il y a quand même une difficulté quelque part puisque le continuateur d'Aimoin traduit Redas par Rodez, ce qui est évidemment faux. Mais pourquoi lui qui vivait à une époque très reculée, pratiquement contemporaine, n'a-t-il pas percuté ?

On tient pour acquis, faute d'une autre explication, que ces variations viennent du latin rotas, "les roues" pour désigner les Wisigoths qui se déplaçaient sur des chariots. Soit. Mais le doute vient que cette idée ne repose sur rien de tangible et même, si on veut chercher la petite bête, on peut remarquer au passage qu'il faut singulièrement torturer les règles de l'onomastique pour passer de rotas à riddensis. Mais on voit tellement de choses bizarres...

 

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