Le loup gris de Garric
Au début du XIX ° siècle, quand Maître Farabosc, notaire à Montréal entrevit sa fin prochaine, il envoya un domestique en voiture pour quérir un prêtre afin de recommander son âme à Dieu. Il habitait alors sa propriété de Garric aux confins du territoire de Montréal.
On était alors aux lendemains de la Révolution qui avait vu la spoliation des Biens d’Église ; non seulement le notaire avait grassement engrangé des honoraires sur ces transactions scélérates mais aussi, pour lui-même, avait fait d’excellentes affaires sur le dos de l’Église. Aussi répondit-on au domestique qu’il n’y avait aucun prêtre de disponible. Celui-ci insista beaucoup mais en vain ; il dut repartir avec la vague promesse que dès qu’on trouverait un prêtre disponible pour administrer les derniers sacrements à son maître, on l’enverrait.
Le temps passa et finalement un vieil abbé se mit en chemin à pied en direction de Garric, sans hâte. A mi-chemin, il rencontra le domestique en voiture qui venait annoncer la mort de Maître Farabosc. L’abbé s’en retourna.
Le notaire fut enterré sur sa propriété.
A peu de temps de là, les fermiers entendirent des hurlements de loup pendant la nuit. La chose n’aurait rien eu d’exceptionnel si ce n’était que les loups ne venaient dans la Malepère qu’au plus fort de l’hiver. Le bétail en fut fort dérangé, les bœufs rompirent leurs attaches et s’échappèrent. Cet événement inquiéta d’autant que plusieurs faits inexplicables eurent lieu dans le même mois. Des portes s’ouvraient sans raison, la chaîne du puits de mettait en mouvement toute seule, des meubles se déplaçaient sans qu’on les touche, les animaux étaient nerveux et bien d’autres choses encore.
Une nuit on vit un loup gris dans le parc près de la tombe de Farabosc. On comprit alors que c’était l’âme en peine de Farabosc qui errait. Ce loup fut revu à maintes reprises et la réputation de Garric fut établie.
Les propriétaires se succédèrent, les fermiers aussi ainsi que les locataires mais personne ne restait bien longtemps ; l’inquiétude ne tardait pas à s’installer devant la répétition de faits anormaux. On voulait en partir au plus vite.
Vers 1970, un prêtre prit son courage à deux mains et vint à Garric pour exorciser les lieux. Lui-même me raconta son intervention. Il tomba gravement malade et son action fut de peu d’effet puisque les manifestations persistèrent, certaine même tragique.
Aujourd’hui, on n’entend plus parler du fantôme de Garric puisque la propriété a changé de mains assez souvent et que ce sont des étrangers qui y habitent. On ne sait plus rien de ce qui s‘y passe.
On se contente de plaisanter pour tout exorcisme : Garric ou Peur ! Mais jusqu’à quand ?
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