Qu'est-ce qu'un chapitre ?

  

   C'est une administration, tout simplement. Et pour créer une administration, il faut non seulement de bonnes raisons de le faire mais surtout une autorité indiscutable pour l'imposer.

  Dans les bonnes raisons, il y a une nécessité publique criante de réorganiser, dans la mesure du possible, un minimum de service public dans des attributions qui sont à peu près celles d'un Conseil général aujourd'hui. C'est à dire la perception de ressources a des fins de redistribution dans des domaines comme l'éducation, la santé publique, le secours aux pauvres et aux malades, le rachat des esclaves chrétiens aux mains des Barbaresques ou la sécurité civile entre autres choses.

  Comme à cette époque, les clercs tonsurés sont les plus instruits et les moins malhonnêtes, et que l'Eglise est la seule structure administrative organisée, c'est tout naturellement à elle qu'on va s'adresser. On voit mal qui d'autre aurait pu s'en charger.

  

Et pourquoi collégial ?

  

   Les collèges sont à l'origine des fondations sociales dont les premières apparaissent dans la seconde moitié du XII° siécle dans le but d'aider les étudiants nécessiteux. On parle d'abord de maisons ou d'hostels. Ils sont fondés par de riches bienfaiteurs.

  Dans le cas présent la clientèle n'est plus exlusivement étudiante mais plus largement c'est celle de tous les nécessiteux encore que l'enseignement fasse partie de son objet.

  Pour cette raison, chapitre collégial pourrait être traduit pas : administration caritative. Les bienfaiteurs qui l'ont fondée en donnant la mense canoniale, c'est à dire le foncier, sont le Roi et le Pape pour l'essentiel.

   Le titre de Collégiale n'est donc pas à l'origine un titre honorifique comme on l'a soutenu sans trop savoir pourquoi, mais le qualificatif d'un édifice qui est le siège d'une administration dont le but est de secourir. C'est un qualificatif fonctionnel. La fonction a donné le nom à l'édifice, ce qui est courant. On aurait pu, tout aussi bien, installer le chapitre collégial dans le château.

  Donc les collèges ne sont pas une invention de la III° République mais existaient six siècles avant ; le contribuable Lambda a remplacé le riche bienfaiteur.

  

   D'ailleurs nous avons une bonne illustration de ce que peut être un collège, même à une échelle moindre, par de Vic, qui donne la précision suivante :

 


 

Le contexte

  

   En 1318 Philippe V le Long est roi. C'est le deuxième fils de Philippe le Bel et de Jeanne de Navarre. C'est lui qui fit murer les cardinaux pour les obliger à désigner un Pape et celui-ci fut Jean XXII, en 1316. Dans la querelle de succession dynastique, Jean XXII le soutiendra.

   "C'est l'un des rois les plus laborieux de la lignée capétienne. Il avait le génie organisateur. Il a laissé un nombre incroyable d'ordonnances, de règlements et de lettres. Chaque année du règne, de 1316 à 1322, est marquée par une série d'ordonnances très étudiées, fort complètes. C'est comme la codification successive de tous les progrès de fait réalisés par les institutions royales depuis un siècle, travail nécessaire, dont l'heure était venue. Le règne de Philippe V est comme le tournant de l'histoire des institutions capétiennes. Par les ordonnances rendues au nom du roi, elles sont organisées, pourvues des rouages essentiels pour l'avenir." (Lavisse et Rambaud, Histoire générale, t. III, pp. 57 et 60)

Il fut un bon roi qui ne régna malheureusement que six ans.

  C'est un roi dont la légitimité dynastique a été contestée au début de son règne et qui a beaucoup souffert des troubles en province. Il a été assez intelligent pour comprendre que l'ordre social dépendait surtout d'un système qui redistribue un minimum aux miséreux.

  A mon avis, c'est la raison principale mais on peut en envisager d'autres qu'il serait trop long de discuter.

 

  Jean XXII

  Juriste renommé, Jean XXII était lui aussi un réformateur. Il a été avant tout le grand organisateur de l'administration pontificale et de la structuration du fonctionnement ordinaire de l'Église.

  Il a mis en place une fiscalité sur les bénéfices, créé les rouages d'un gouvernement central. Il se montra un excellent gestionnaire et laissa une trésorerie importante à son successeur

  Entre 1317 et 1318, il réforma en profondeur les diocèses du Sud de la France. Saint Papoul fut séparé de Toulouse qui fut élevé au rang d'archevêché, Narbonne, alors archidiocèse, fut amputé d'Alet et Limoux disparut.

  C'est donc dans ce contexte que le Chapitre collégial de Montréal fut créé. Peut-être avec l'arrière pensée de contrebalancer l'influence de Prouille car Jean XXII était un fin politique.

 

La bulle de Fondation du Chapitre

 

  Les Huguenots n'ayant trouvé rien de plus intelligent que de brûler les archives, on fit refaire en 1603 un fac-simile de la bulle de fondation à partir des archives du Parlement de Toulouse. Malheureusement le duplicata fut écrit d'une manière quasi illisible, au point qu'au XVIII° une bonne âme s'employa à la réécrire en surlignage mais cette bonne âme ne calligraphiait pas mieux que le premier scribe.

Je ne l'ai pas déchiffré complètement et je doute d'y parvenir un jour alors que l'énumération des constituants de la mense canoniale est une mine de renseignements pour l'histoire locale. Vu le tarif des paléographes professionnels, nous ne sommes pas près de connaître la suite...

  L'argent public qui pourrait y être consacré est dépensé en boissons alcooliques et petits gâteaux, c'est un choix culturel.

 

 

La mense canoniale

   C'est un ensemble de propriétés foncières constituant un domaine unique dont l'exploitation dégagera des bénéfices qui seront employés pour "faire du social". Non seulement à Montréal mais aux alentours et  jusqu'à Carcassonne.

   Ces propriétés foncières sont de provenances diverses.

   D'abord les biens confisqués aux hérétiques que le Roi a rétrocédés, ceux probablement des Hospitaliers qui avaient hérité des Templiers, au moins partiellement, enfin les donations privées qui étaient très importantes en ce temps-là et des biens propres de l'Eglise.

 

Le dernier chanoine.

Ce fut, semble-t-il, Jean-Jacques Sabatier, syndic du Chapitre. Il était né le 8 Juillet 1749 et mourut le 18 Septembre 1828.

Sa pierre tombale portait l'inscription :

Erat pater pauperes

Hommes vains et charnels, imbéciles et foux

Qui sans cesse pensez aux plaisirs de ce monde

C'est un fantôme vain qui passe comme l'onde

Songez qu'un jour ici vous reposerez tous

Ici repose le corps de Jean Jacques Sabatier

Chanoine du Chapitre collégial de St Vincent.

 

Je dis : portait parce qu'un crétin de barbare a posé le pied hydraulique du tractopelle sur la pierre tombale et l'a complètement éclatée. Et tout ça pour monter un autre crétin de barbare dans le godet afin de tailler un if. Et comme le maire est ejusdem farinae, petit à petit les morceaux s'enfoncent dans le sol et l'inscription disparait.

C'est quand même consternant !

 

 

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