Dans les années soixante, l'idée de la conservation du patrimoine et du soin qu'il fallait en prendre, n'était pas ancrée dans tous les esprits, il s'en fallait de beaucoup (quoique les choses n'aient guère évolué à Montréal depuis un demi-siècle puisque la Mairie a détruit délibérément deux sites archéologiques de première importance !), aussi quand quelqu'un s'avisa qu'on pourrait violer la sépulture des chanoines, "rien que pour voir ce qu'il y avait dedans", cela ne heurta le bon sens de personne.

  Cette sépulture multiple qui avait accueilli pendant six siècles les corps des ecclésiastiques du Chapitre collégial fut donc allègrement ouverte sans aucune précaution.

   On vit alors ces corps en habits sacerdotaux, empilés sur des couchettes, dans un parfait état de conservation. Des témoins qui assistaient à la scène notèrent que l'un était barbu, que l'autre laissait apparaître un genou bandé de noir ; il ne s'en dégageait cependant aucune odeur.

   La tombe resta ouverte à la vue de tous jusqu'à ce qu'un vent marin persistant déclenche le dégagement de miasmes nauséabonds.

  On referma donc la tombe en vitesse.

  Personne ne se posa la question de la nécessité d'assasinir ne serait qu'avec une mêche soufrée ou bien de prendre quelques photos. Non : l'imbécillité irresponsable dans toute sa splendeur !

   Une trentaine d'années plus tard, je réussis par un artifice à faire entrer un appareil photo automatique au bout d'un bâton et je pris des dizaines de photos dont quelques-une, par le fait du hasard, furent exploitables.

  Tout s'était effondré, tout avait pourri et seuls les os disloqués gisaient dans l'hypogée. Une belle surprise cependant m'attendait : les côtes de certains gisants avaient été sciées.

  Il fallut interroger bien des gens pour en comprendre la cause. En ces temps-là, où la préoccupation de la vie éternelle était plus tenace qu'aujourd'hui, ceux qui en avaient les moyens s'offraient des sépultures multiples en des lieux de prière distincts afin de bénéficier plus amplement des prières au défunts pour le salut de leur âme.

  Il arrivait donc fréquemment qu'on prélève le coeur, ou un autre organe, pour le transférer dans l'enfeu d'un couvent ou une chapelle familiale. Il fallait donc ouvrir dignement le défunt à la scie pour opérer le prélèvement.

  D'où l'intérêt de ces photos qui illustrent cette pratique assez macabre.


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