Latour était directeur d'école à Montréal avant la Grande Guerre (1913). Il nous a laissé un document manuscrit d'une cinquantaine de pages sur l'histoire de Montréal, dont nous connaissons au moins deux exemplaires, et qui est un remarquable travail de compilation des sources historiques auxquelles il avait alors accès.

  Essentiellement Mahul qui s'est lui-même largement appuyé sur Doat pour ce qui concerne les transcriptions de pièces athentiques. Il apparaît aussi qu'il a soigneusement épluché les Archives Départementales et probablement eu accès à des archives privées.

  Il ne mentionne pas Sabarthès dont il a forcément entendu parler puisqu'ils ont été contemporains. Mais entre le curé et l'instit, il y avait peut-être un peu d'électricité dans l'air au vu du contexte de l'époque.




Rébenty.

En 870 ce lieu fut donné à Oliba comte de Carcassonne par Charles le Chauve. Un acte de 1124 cite Guilhaume de Rébenty ; de même une charte de 1241 mentionne Forcia de Rebentino prope castrum Montis Regalis, (H.4.VIII, col 227).

En 1318 une partie des dîmes de l'église de Saint Pierre de Rébenty fut attribuée au Chapître de Montréal ; en 1405 cette église fut ramenée au même Chapître.

Au XVIII° siècle le décimaire de Rébenty comprenait les métairies suivantes : Fontalès, le Contrôle, Fontaines, Villematy, Galinier, Pech Sabary (Le Fort), Crèmefer, Fontcarrel, Pechperditz, Cammazou (Rafègue), la Paillassière (en réalité : la Payssière , le barrage associé au ruiseau des Rivals, nom que prend le Rébenty à cet endroit, et le Pont de l'Anglaise, pont de l'Aiguo....)

 

Villelusque.

A l'Est de Montréal, comprenait dans son décimaire les métairies suivantes : Escorge, Pigeonnier (Lauriol), La Tour, Gach, Villefloure, Garignon, Escourou, la Tuilerie, Panarique, Pech Laidier (Les Carmes), Filhol, Vinassa (Levraud), la Campanette, la Poutonne, Marty, Bonnetis, Pech Durand (Cascaret).

En 1158 cette localité est désignée sous le nom de Villa Lesca (Rec. Hist. Fr. XXIV, 583).

En 1318 une partie des dîmes de Saint Etienne de Villelusque fut affectée au Chapître de Montréal et en 1405 l'église fut définitivement annexée. Le centre de cette localité se trouvait au lieu dit : Saint Dominique; c'est là qu'étaient l'église et le cimetière. La tradition rapporte que Saint Dominique venait souvent prier dans cette église.

 Note perso: à ce propos Latorre faisait état d'une visite de l'Evêque de Carcassonne, au début du XVII°, qui mentionnait l'état de ruine de cette église dont il ne reste aujourd'hui que l'oratoire du Miracle de l'Orage. D'autre part, avant que de gros travaux agricoles ne viennent bouleverser le paysage, on pouvait observer voici une dizaine d'années encore, l'emplacement du cimetière ; on le distingue encore vaguement grâce à une conformation particulière du sol.

En fait, personne n'est d'accord. Latour la voit au domaine de La Tour, Latorre (et je partage son avis) au Miracle de l'Orage, Nègre en bas du vallon de Panarique. (Dont je signale au passage que le nom vient du latin panarium, la huche à pain). Si on ajoute que, dans le secteur, on a aussi St Jean de Villemeneux, associée à Gach, les confusions sont faciles.

On a retrouvé le cimetière de St Jean de Villemeneux à Gach, sur le chemin de Gachou, à la croix en fer, au passage de la Martine ( conf. : amar, inonder.)

 

Dernière observation :

à peu près au milieu de la vue apparaît une sorte de double palissade ovale, à cheval sur champ nu et blé. C'est, semble-t-il, une motte castrale qui pourrait bien avoir été Ste Étienne de Villelusque, sur Gachou aujourd'hui. Le grand axe mesure environ 150 mètres. Le rectangle vert, un peu plus haut à gauche est le lac de Garignon. On voit la Martine, N/S en vert foncé qui croise la route de Carcassonne avant le croisement d'Arzens.

S'il s'agit bien d'une motte castrale l'écartement des bords du fossé, 20 à 30 mètres, laisse supposer que celui-ci  a pu être plein d'eau, ce qui n'est pas extraordinaire au vu de sa situation par rapport à la Martine.

Villa Lesca : le mot lesca, outre son sens de redevance, pourrait dériver d'une autre racine dont l'origine m'est inconnue, lesc, qui a donné lescheria : lieu lacustre. Du Cange écrit : Locus palustris, ubi junci et herbae palustres nascuntur.

 

Villetravers.

Des chartes de 1162 et 1163 mentionnent divers chevaliers du nom de Villetravers (Villatraverio).

Cette localité s'élevait au Sud de Montréal, non loin du Rébenty, au lieu dit La Salle. Un acte de 1263 mentionne des terres sises dans le terroir de Villetravers (in riparia rebentini. Mahul T. III, 332).

L'église de Sainte Marie de Villetravers fomait une paroisse avec un décimaire distinct qui fut ensuite confondu avec le décimaire de Notre Dame de l'Amélhié. Cette église était d 'abord unie à l'abbaye de Montolieu ; depuis 1318, à la Collégiale de Montréal ; elle fut définitivement supprimée en 1405 (Mahul T.3. 228).

Note : Il me semble que c'est la colline de Piège Tiale, qui se prononçait encore voici un demi-siècle : Piège Tiagle. Je le fais venir de podium tegulae, c'est à dire le mont aux tuiles. Comme il n'y a pas de vestiges de production de ces tuiles, on peut penser que c'était simplement un endroit qui était resté garni d'habitations couvertes de tuiles. Ce tènement est riche de matériaux archéologiques. Sur le talus, le long de la route, on voit encore la trace d'un fossé de circonvallation qui nous ramène à des temps très anciens.

 

Saint André de Sinessine.

Situé sur le domaine du domaine du Cammas de Bas. Ce lieu possédait autrefois un décimaire distinct (1269). Arch. Chap. Carcassonne.

En 1347, il existait un curé de Saint André. Lors de l'érection du Chapître de Montréal une partie des dîmes de Saint André lui fut attribuée ; en 1405 l'église fut annexée définitivement au Chapître.

A mon avis, le bâtiment principal était situé en haut du champ qui domine le Cammas de Bas, dans l'exact alignement du NE/SE de la Collégiale. On trouve encore des vestiges dans le facies d'effondrement qui regarde la Colline des Joncs, plus probablement Colline d'Ajounc, c'est à dire colline du Perchoir (ou de la tour en bois).

 

Saint Denis de Sanches.

Ancien lieu situé en pleine Malepère, constituait un fief avec justice ; il était possédé en 1209 par Raymond de Sanches : Simon de Montfort l'inféoda en 1212 à Philippe de Goloin. Il fut possédé plus tard par Pierre de la Roque seigneur d'Arzens ; en 1462, Bertrand de Mayreville l'acquit des héritiers du précédent.

Dans le courant du XVIII° siècle, les Ursulines de Carcassonne en étaient seigneuresses.

Note : c'est à la suite d'une contestation sur le montant de cette dîme qu'eut lieu un retentissant procès entre les Ursulines et le Chapître en 1699.

L'église de Saint Denis de Sanches avait encore un curé en 1347, plus tard ce ne fut qu'un prieuré uni à la Collégiale de Montréal. Le Chapître avait déjà reçu une partie des dîmes en 1318.

Le décimaire de Saint Denis comprenait les fermes de Sanches, de la Lauze et les Jasses.

 

 

Saint Jean du Bassé ou du Zeste ou d'Uzeste,

dans la Malepère formait un prieuré. Une partie des dîmes appartenait au Chapître de Montréal, une autre au Chapître d'Uzeste, diocèse de Bazas et à celui de Saint Martin de Villandraut, diocèse de Bordeaux. Les deux ville d'Aquitaine sont proches.

Note : Pourquoi payer des dîmes si loin ? En avril 1314, quelques jours avant sa mort, Clément V modifie son intention de se faire enterrer à la cathédrale Saint-André de Bordeaux (où il a été archevêque) et décide de faire de la collégiale d'Uzeste sa sépulture. Mais les travaux ne sont pas finis, et il faut des sous ! Or son successeur n'est autre que Jean XXII, qui est curé honoraire de Saint André de Sinessine ! Il a vite fait de trouver les crédits : un tour de passe-passe comptable et hop !

 

Son décimaire comprenait : Estorge (cf. Saint Eustorge), Montpezat, (Montagné), les Rouirès (Pinsaguel), Turcy, Mestrugue et le Bassé.

Il n'en reste rien. Je pense depui peu que le bâtiment principal était situé sur la butte, en face du Bassé et ce qui en a rendu la recherche encore plus difficile c'est que nous l'avons tous cherché sur le domaine de la Commune actuelle alors qu'il est situé sur celui de Cailhau.

La tâche blanche sur la photo est la terrasse de l'habitation démolie du Bassé.

 

Pech Allibert.

ou Pech Adalbert., lieu situé à l'emplacement de la métairie de La Grange. Le fief de Pech Allibert avait le droit de péage sur la route romaine. En 1212, Bernard et Pons de Villeneuve, frères, chevaliers de Montréal et seigneurs de Pech Audebert donnent diverses terres du dit lieu au monastère de Villelongue, ils donnent entre autres choses une pièce de terre située entre le Rébenty et le fort qu'ils possédaient pour y édifier un mas. Ils se déclarent aussi protecteurs des biens du monastère. Parmi les témoins de cet acte figure Pierre de Villefloure (de Villaflurano) prieur, ce qui semble indiquer que Pech Allibert était un prieuré.

En 1557, Fabrice, veuve de Bernard de Villeneuve, donne au même monastère la moitié de la leude ou péage de Pech Allibert à condition d'établir une messe perpétuelle pour le repos de l'âme de son mari. En 1586, Pech Alibert fut vendu par le Monastère à Saint Jean de Voisins de Moussoulens en vertu de la bulle du 15 janvier 1586 pour subvenir aux frais de la guerre contre les religionaires.

 

Villalégut.

Nous identifions ce lieu avec le décimaire de Saint Michel. Désigné aussi sous le nom de Castel Vielh. Le château de Villalégut est signalé en 1106 sous la forme Villalegutum (Arc. Aude G. 76). Le nom de Castel Vielh justifie cette identification. Une charte de 1163 mentionne le château de Villalégut qui, à la suite de dissensions entre les co-seigneurs, venait d'être détruit, d'où le nom de Castel Vielh.

L'église de Villalégut était sous l'invocation de Saint Michel. En 1318 les dîmes de cette paroisse furent affectées au Chapître.

Le lieu de Villalégut était situé près du chemin de Villasavary à Carcassonne (la Tolozanelle), dans le voisinage de Toureilles. Le territoire de cette paroisse englobait la région orientale de la ville actuelle et s'étendait dans la région du puits d'En Razaïre.

Au XVIII° siécle le décimaire de Saint Michel comprenait Prat-Amarel, Longterre, Bordenove (Les Banques), la Leude, Pech Alibert, La Blanquette, les Couzinets, Mouli-Miga (Escapat), Les Agals (Co d'Aïgues), Prax ( la Porte), la Sifrègue, Revel, Cazes, Fourmiga, La Glorie, Villerouge, la Barrabe, Saint Michel, Toureilles, le Cammas de la Ville.

 

Montréal, ou décimaire de Notre Dame.

L'église, sous l'invocation de N.D. de l'Amélhié était située sur un emplacement occupé aujourd'hui par une petite place où s'élève un crucifix dans le faubourg de l'Amélhié ; c'est là, probablement qu'était le centre de l'agglomération de Montréal dans le haut Moyen-Âge. Le château de Montréal s'élevait dans ce décimaire.

Notre Dame de l'Amélhié resta une église paroissiale jusqu'en 1318. A cette époque un Chapître Collégial ayant été constitué dans la nouvelle église Saint Vincent, N. D. de l'Amélhié devenait une simple chapelle. L'union de son décimaire avec celui de Saint Michel constitua la nouvelle paroisse.

Au XVIII° siécle le décimaire comprenait : Estricou, le Procuraïrié, La Rougère, Marquet, Caraman, Majou, Mons, Garric, Saint André ou Cammas de Bas, les Bourgals, Ginestas (Sarrail), Fontrainiez (Le Coural), Belmaty (La Salvagère), Pech Agut (Segonne). On voit que dans ce décimaire on a compris celuid de Saint André.

 

Note : Latour, d'aussi loin que je puisse me permettre une appréciation sur ses travaux, rend assez bien, me semble-t-il, la sociologie politique du haut Moyen-Âge. Pas de village, au sens où nous l'entendons aujourd'hui, mais un assemblage de principautés microscopiques dominées par un homme de guerre, un chevalier ou comes, associé à quelques autres guerriers. On creuse un fossé, on met la terre au milieu et on élève une palissade de pieux en guise de rempart. C'est la motte castrale. D'autres hommes travaillent la terre et trouvent en échange la sécurité. C'est un modèle, à peu près, qui s'est retrouvé dans le monde entier et même encore aujourd'hui, dès lors qu'il n'existe pas d'autorité supérieure ou d'état organisé. L'Eglise est la seule organisation sociale et administrative, elle va jouer dans le sens de la socialisation (socius = compagnon, camarade, allié), en s'appuyant sur un processus féodal qui avant tout un processus d'alliance et de contrat. (Foedus, eris = traité d'alliance, pacte, convention).

A la fin du XIV° siècle, lorsque la ville de Montréal élève ses remparts, cela marque l'achèvement d'un travail de reconstruction de la société qui avait été détruite à la fin de l'Empire Romain.

Mille ans d'efforts !

 

Latour, semble-t-il, n'a cependant pas eu accès au document de l'Ordination Collégiata qui précise la manse canoniale en 1318. Il n'aurait pas manqué de relever la séquence : de Rebentino, Oruntiano, Villalagrio, Castel Veteri, Bosqueto, Essalabada (La Pierre levée, aujourd'hui sur Arzens), de Sto Stephano. C'est dommage car si cette liste comprend des doublons avec la sienne, d'autres noms apparaissent qu'il est bien difficile de situer.