Peyre Vidal


Ce troubadour, qui a brièvement chanté Montréal, était un voyageur.

 

Contexte général.

In "Innocent III , les royautés vassales du Saint Siège", Achille Luchaire précise à propos du roi de Hongrie Emeri, qu'il était le neveu de Philippe Auguste, le beau frère du roi d'Aragon Pierre II, et qu'il recevait à la cour en 1198 notre troubadour Peyre Vidal.

Ce roi de Hongrie avait épousé une aragonaise, la sœur de Pierre II. Le monde est petit...

Tellement petit d'ailleurs que Simon de Montfort, cinq ans plus tard s'opposera au sac de Zara, fief bogomile de Emeri du banat de Bosnie et que peu de temps après Innocent III tapera du poing sur la table ce qui aura pour effet de ramener les Prieurs de l’Eglise bogomile à proclamer solennellement leur soumission à l’Église.

 

Nous avons là le casting d'un drame qui se rejouera en 1213 dans la plaine de Muret avec un épilogue plus dramatique qui verra la mort de Pierre II d'Aragon sous les yeux de Peyre Vidal qui mourra deux années après.

Voilà pour la coupe chronologique transversale qui montre que, déjà, le show biz et la politique faisaient bon ménage.

Dans cette perspective aussi la Croisade des Albigeois prend un tout autre relief. Elle n'est plus un événement local relevant de circonstances locales ou nationales mais un épisode international d'un politique étrangère globale, incluant la IV° Croisade, menée par le Saint Siège.

 

 

Et pour en revenir à Peyre Vidal...

La légende lui prête d'en avoir pincé pour La Louve de Pennautier (qui devait avoir la cuisse légère s'il faut traduire "louve" par lupa, c'est à dire la putain. C'est pas à notre époque qu'on verrait des choses pareilles, tiens !

Peyre Vidal était un bourgeois d'origine juive enrichi dans le commerce, il était de l'École de Toulouse dans la typologie qu'on a faite des Troubadours.

Joseph Anglade in "Les Troubadours", 2 édition de 1919, précise qu'il était le plus fou de tous.

On lui sait une aventure avec la Comtesse Barral de Baux, à Marseille, ce qui lui vaudra de fuir à Gênes. On le voit aussi à la cour de Castille. A la mort de Raymond V de Toulouse il fit raser la tête à ses domestiques et couper la queue à ses chevaux en signe de deuil puis se sentant l'âme d'un héros il s'embarque avec Richard Coeur de Lion pour la croisade mais en cours de route il tomba amoureux d'une Chypriote grecque. Apprenant que celle-ci était de sang impérial, la folie des grandeurs l'enfièvra à nouveau, il se mit en tête d'armer une flotte pour reconquérir l'empire des Comnène. Rien que ça.

Sa Chypriote le mit dehors et nous le retrouvons en Lombardie puis en Hongrie. Il  finit ses jours dans sa ville ntale, Toulouse.

Le fait qu'il ait été passablement fêlé lui a sans doute permis de mieux passer à la postérité.

 

Il évoque Montréal brièvement : Montréal et son castel impérial dans une canso qui n'est pas d'une très grande profondeur littéraire mais plaisante par sa légèreté.

Je me souviens d'une discussion avec Latorre à ce sujet. Il donnait à imperial un sens romantique, comme s'il suffisait à la ville d'avoir une telle prestance naturelle, une telle influence politique et culturelle, qu'elle en imposait. Il avait peut-être raison.

Je nuancerais ses propos s'il m'était permis : dans mon essai de reconstitution des remparts je me fais à l'idée que, pour le voyageur de passage, ceux-ci perchés sur leur éperon rocheux se voyaient de loin et donnaient l'image de la puissance et de l'autorité militaire, en somme une figuration de l'imperium.

Je note au passage que si les jours de beau temps on voit parfaitement le château de Montségur de Montréal, l'inverse devait être encore plus vrai lorsque la Ville exposait ses hauts remparts blancs au soleil de midi.

Allez savoir ce qui se passe dans la tête d'un poète fou...

 

 

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