J'ai recopié le texte de Girault de Saint Fargeau, publié vers 1845.

 

MONTRÉAL, petite viIle de l’Aude (Languedoc), arr. et à 19 k. de Carcassonne, chef-l. de

canton, bureau d’enregistrement et poste d’Alzonne. Cure.

Pop. 3,062 h.Terrain tertiaire`moyen. La ville de Montréal est bâtie sur une éminence qui domine les plaines d’A1zonne, de Carcassonne et le Razès. On y jouit d’une vue magnifique sur les Corbières, la Montagne Noire, les Pyrenees, et sur les villes de Carcassonne et de Castelnaudary.

 

Cette ville, située au milieu d’un territoire fertile, est traversée par la grande route de Carcassonne à Mirepoix. Elle avait titre de châtellenie dès l'année 520.

En 1162 les chevaliers du château de Montréal prètèrent serment de fidélité à Raymond Trencavel, vicomte de Carcassonne.

En 1207 Montréal fut le siège d’une conférence mémorable entre les catholiques et les Albigeois, où l'évêque d’0sma et saint Dominique discutèrent pendant 15  jours sur quelques points de religion.

A ces  discussions puériles succédèrent plus tard des guerres  dangereuses suscitées par des missionaires fanatiques.

En 1209, lorsque Simon de Montfort faisait le siège

de Carcassonne, Aimery de Montréal, qui craignait la fureur des Croisés, abandonna lâchement cette

place, dont la garde fut confiée par Montfort à un

ecclésiastique.

Celui-ci, gagné par les habitants, les mit en possession du château, il fut cruellement puni de cette trahison. Simon de Montfort assiégea le château de Bram, où

il s’était retiré, le força se reudre, s’empara de sa personne, le fit dégrader par l'évêque de Carcassonne, en le fit pendre après l'avoir fait promener dans toute cette ville, attaché à la queue d’un cheval.

En 1210 Simon de Montfort ayant obtenu de

nouveaux succès, Aimery, seigneur de Montréal,

et les habitants de cette ville, lui envoyèrent des

députès pour demander à se réconcilier, et pour lui offrir de lui céder la place, à condition, de la part du seigneur, qu‘i1 serait dédommagé par d’autres domaines.

Simon accepta cette proposition, et prit posses-

sion de Montréal.

 

 

 

 

 

  Aimery s'étant joint peu de temps après aux ennemis des Croisés ne tarda pas à payer le prix de sa double trahison ; pris en 1211 dans Lavaur, où il s’était retiré chez sa sœur, Montfort le fit pendre à un gibet.

 

En 122l le jeune Raymond, comte de Toulouse et le comte de Foix assiégèrent le château de Montréal, ou commandait Alain de Roucy pour Amaury de Montfort.

La ville, qui était sans défense, fut livrée par les habitants; le gouvenneur se réfugia dans le château avec la garnison, après avoir envoyé son fils à Carcasssonne pour demander des secours; mais peu de temps après l'assaut fut donné; le gouverneur, blessé   demanda à capituler, et le château tomba au pouvoir des comtes Foix et de Toulouse, qui trois ans après remirent cette place au jeune vicomte de Trencavel, dont le comte de Foix était tuteur.

 

voir note infra

 

En 1240 Trencavel, dépouillé par Louis IX

de tous les domaines de ses ancêtres, s’empara

des châteaux de Montréal, Montolieu, Sayssac,

Limoux et c.

Le roi envoya  contre lui des troupes pour reprendre ces places; mais Trencavel informé de leur approche, abandonna le 11 Octobre, le bourg de

Carcassonne, après y avoir mis le feu en plusieurs endroits et en avoir renvoyé les habitants; il se retira dans le chateau de Montréal.

 

Une armée française vint l’y assiéger; la place étant vaillamment défendue, le siège traîna en

longueur. Enfin les comtes de Toulouse et de

Foix se rendirent au camp, et réglèrent une

capitulation qui fut acceptée de part et d’autre.

 

L'Église St·Vincent, érigée en collégiale en 1316, n'a qu’une nef composée de sept travées et un chœur formé également de sept travées; treize chapelles entourent ce monument, qui est isolé de tous côtés et domine pittoresquement toutes les maisons de Montréal.

 

L’orgue, l'un plus beaux de France, est du célèbre Lépine.

Patrie du lieutenant général comte Frère.

Foires les 25 iuin, 7 sept., 6 oct. `6 déc., et le

mardi après le dimanche de Pâques.

 

 

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Note

 

Les temps obscurs

 

Dans le haut Moyen-Âge Montréal ne représente pas grand chose sur l'échiquier historique. C'est un point fortifié, une place de sécurité pour les comtes de Carcassonne, entouré de quelques ilots de masures disséminés sur la colline. Quand ça barde, on vient se mettre à l'abri derrière la fortification circulaire de terre.

Et des mauvaises gens, il en arrive régulièrement. De l'Ouest, du Nord, du Sud et de l'Est...

 

– en 711. Au mois de Juillet. Défaite du roi wisigoth Rodéric à la bataille de Guadalete contre les Musulmans.

 

en 720, le général musulman Zama prit Narbonne, passa au fil de l'épée tous les hommes et emena femmes et enfants en esclavage. Ensuite il étendit ses conquêtes à la Septimanie. Montréal passa à la toise comme tout le monde. Ce n'est que l'année suivante que les Sarrasins furent solidement massacrés en tentant de prendre Toulouse au prince Eudes d'Aquitaine. Mais quelques années plus tard on les revit dans le coin. Carcassonne fut reprise en 725. A nouveau le Prince Eudes les chassa. Selon Venerable Bède , ils revinrent en 729 et furent à nouveau défaits. En 732, Charles Martel remit une raclée aux Musulmans qui redescendirent vers le Sud en détruisant tout ce qu'ils n'avaient pas détruit à la montée. Il est possible qu'on en ait vu passer à Montréal.

Ils s'installèrent cependant à Narbonne mais on ne sait pas si Montréal resta sous leur domination.

Ce n'est qu'en 752 que Pépin le Bref reprit le nettoyage et rétablit les Chrétiens dans leurs droits. On se sait pas exactement si Montréal relève à ce moment-là du domaine royal de Pépin avec la Septimanie proprement dite (ce qui semble probable) ou du duché d'Aquitaine. En tout cas, Montréal est sur la frontière et quand Waifre et Pépin en vinrent aux mains, il y eut probablement quelques cliquetis d'armes dans le secteur jusqu'en 768.

Le savant bénédictin Dom Claude de Vic infère que Montréal était sous la domination française depuis 508. Cros-Meyrevielle, de moindre autorité, soutient que le ville  formait en ce temps le fort le plus à l'Ouest du dispositif wisigoth. Il est plus que probable que la ville ait changé de mains.

 

–778 on voit arriver Charlemagne qui va mettre un peu d'ambiance en Espagne musulmane. Dans le démembrement de la Septimanie au profit du duché d'Aquitaine, Montréal passe côté Toulouse sous Louis le Débonnaire.

Deux chansons de gestes, celle de Guillaume d'Orange dit "Court-Nez", cousin de Charlemagne et comte de Toulouse, et celle d'Aymeri de Narbonne illustrent cette époque et ces lieux. Chansons auxquelles il faut ajouter celle de Rolland qui ne nous concerne pas.

 

– 814. Louis le Débonnaire confirme les chartes de Charlemagne en faveur des Chrétiens réfugiés d'Espagne pour fuir les persécutions musulmanes. Selon Latorre, Montréal connut un afflux de population espagnole à cette occasion.

En réalité, on se sait pas trop si c'est 814 ou 815. Ces dispositions seront reprises en 844. Ces Espagnols chrétiens réfugiés étaient dispensés du cens ecclésiastique, c'est à dire du droit de pacage, dans les limites de leur village et de tonlieu dans les limites du comté où ils habitaient. Ce droit de tonlieu était perçu sur l'étalage des marchandises mises à la vente et quelquefois sous forme d'un droit de passage. En Septimanie ce droit était perçu par l'Église. (cf. : Baluze, Capitularia. Hist. du Lang. Marca hispanica.)

Ces deux exemptions étant propres à favoriser l'élevage des brebis et il y a peut-être lieu de penser qu'elles furent à l'origine de l'essor de l'industrie lainière à Montréal. Je signale la campagne de Mestrugues à Montréal qui, selon Madeleine Duday, vient du latin mastruca, la toison.

 

L'Astronome. Le biographe le plus connu, si on peut dire, de Louis le Débonnaire est "l'Anonyme, dit l'Astronome." Ce surnom lui  vient de ce que dans l'un des manuscrits qui lui sont attribués il se donne pour l'un des deux astronomes consultés par Louis le Débonnaire lors de l'apparition de la comète de Halley en 837.

 

– 817. Pépin 1° est roi d'Aquitaine dont le comté de Carcassonne, donc Montréal, fait partie.

 

– 819. Oliba comte de Carcassonne. Il achète sur Montréal, la campagne de Vinassan, aujourd'hui Levraut. On retrouve un autre Oliba; son petit fils, suppose-t-on, est aussi comte de Carcassonne vers la fin du règne de Charles le Chauve. Lequel Charles était le fils en seconde noces de Louis le Débonnaire, comme vous le savez.

 

– 838. Diète de Quiercy (Capitulaire de Kierzi). Cela n'a qu'un intérêt anecdotique mais s'y trouvait Agila, abbé de Lagrasse, qui demande confirmation des privilège à elle accordés par le comte de Carcassonne Delon et son fils Gisclafred. On a tout lieu de croire que celui-ci possédait lès Giscarels à Montréal. Dans le même diplôme on trouve mentions de biens ecclésiastiques appelés favars sans qu'on sache de quoi il s'agit. Marquefabe pourrait venir de là.

 

– 849. Charles de Chauve vient en Septimanie après être devenu le maître de l'Aquitaine, il passe sans doute à Montréal.

 

–859. Les Normands prennent Narbonne, il ne semble pas qu'ils soient arrivés à Montréal. Il n'aurait plus manqué que ça : des drakkars sur le Rébenty. La leçon fait frémir : Louis le Germanique et Charles le Chauve mettent un bémol provisoire à leurs querelles. On les reverra en 892.

 

– 863. Translation du corps de St Vincent de Saragosse à Castres. Voir le chapitre St Vincent pour plus de détails.

 

– 893. Charles le Simple reconnu roi de France. Eudes, roi d'Aquitaine en fut fort marri mais les choses s'arrangèrent après quelques tueries sur le champ de bataille. Cet Eudes avait un frère, Robert, qui eut un fils, Hugues le Grand, père d'Hugues Capet. Le monde est petit...

 

en 924, c'est à dire du temps de Charles le Simple, nous recevons la visite des Hongrois qui viennent dévaster le Toulousain. Ils restent quelques temps jusqu'à ce qu'une épidémie les décime et que Raymond-Pons, comte de Toulouse et marquis de Gothie (ou de Septimanie) passe les survivants au fil de l'épée. Ces Hongrois massacrèrent une grande partie de la population et désolèrent le pays.

On note dans les chroniques du temps la tenue d'un plaid à Narbonne en 933 que trois composantes forment la population : Romains, Goths et Saliens. Chacun était jugé selon sa loi.

 

 

Commentaire

 

De la lecture attentive d'historiens très exacts, tels Dom de Vic et Dom Vaissete, naît une perception du monde féodal toute autre que celle des manuels scolaires. Cela vaut pour le Midi de la France en particulier mais sans doute aussi pour le reste. On nous a raconté des salades à l'École...

 

Sur une population qui n'apparaît dans l'Histoire jamais autrement que dans les constats de massacres anonymes, règne par la force une aristocratie qui s'est démêlée du nombre par sa plus grande disposition à organiser le meurtre de manière raisonnée et systématique.

Par un cercle ô combien vicieux le besoin de sécurité augmente chez les victimes de ce système qui vont essayer de le satifaire auprès de ceux qui sont les premiers promoteurs de l'insécurité. Voilà un bel exemple de l'inconséquence humaine et une leçon à méditer.

Sur ce théâtre tragique, l'Église qui elle-même est très sécularisée, va cependant œuvrer pendant des siècles à proposer une alternative à la loi de la violence aveugle. Nul doute que nous lui devions l'essentiel de notre évolution politique qui ne consiste finalement, pour la plus grande part, qu'à un codage de la violence.

 

De nos jours le capitalisme international, qui s'est imposé sur les mêmes principes puisque les hommes n'ont guère évolué mentalement, est la variante allégée en sang humain de la féodalité. On a remplacé les raids guerriers par des O.P.A hostiles, les massacres par des licenciements, les suzerainetés par des filialisations, les coseigneuries par des sociétés par action, et la complexité des liens féodaux par des participations croisées. Et tout le monde y voit un progrès car "heureusement, on n'est plus au Moyen-Âge". Voire...

 

Je signale un ouvrage peu connu et pourtant très instructif : L'Histoire des Paysans, d'Eugène Bonnemère, paru vers 1850.

Au delà de quelques débords passionnels dus à ses positions politiques progressistes, Bonnemère donne une étude circonstanciée de qualité d'où ressortent parfois des constats surprenants. Ainsi l'exemple de ces serfs affranchis qui rachètent leur servitude comme si cet état était le plus souhaitable pour se protéger. Ce qui en dit long d'ailleurs sur le temps.

Ceci éclaire aussi le nôtre : la soumission aux décrets souverains de la Consommation  valent bien largement l'attachement à la glèbe et le crédit bancaire vaut bien aussi le mainmortage.

L'Économie superstructure de l'Histoire ? Mon oeil, tiens. C'est la guerre des gangs, plutôt !

 

Montréal : chatellenie ou viguerie ?

 

Avec un moulin du Viguier on a tout de suite pensé qu'existait une viguerie à Montréal. Las ! Les historiens locaux, unanimes et fervents, se sont levés pour soutenir que cela ne pouvait être et on donné leurs arguments qui valent surtout par leur subtilité. La vraie raison étant un souci de prestige.

 

Dans son savant ouvrage "Les officiers royaux des baillages et des sénéchaussées à la fin du Moyen-Âge", paru en 1902, Dupont-Ferrier, page 43, nous instruit sur la question. En fait, selon ce qu'il rapporte, en 1511, on employait pour Montréal indifféremment les termes de chatellenie ou de viguerie.

 

La vérité pourrait être plus complexe.

A l'établissement de la Chatellenie royale de Montréal en 1240, à la suite du Traité de Meaux-Paris, celle-ci eut un ressort de haute justice assez étendu (Maquens, Saissac, Malegoude aux portes de Mirepoix, Saint Hilaire). Ce ressort fut constamment modifié au cours des siècles suivants. D'autre part la forteresse était propriété personnelle du Roi qui y avait nommé un chatelain.  Celui-ci n'administrait que son mandement, c'est à dire les droits banaux sur la terre proprement dite du Roi, ce qui à Montréal ne représentait pas grand chose. En gros, l'intérieur des remparts soit à peu près un peu plus d'un hectare.

Une viguerie était, au début le siège, d'une juridiction civile et criminelle installée sous l'autorité du vicomte. A Montréal, la viguerie ne connut plus de la haute justice dès 1240, elle vit ses compétences judiciaires réduites à celles d'un juge de paix. L'origine du mot viguerie, vicus, traduisant son cractère rural.

Il me semble tout à fait explicable qu'on ait usé des deux termes en même temps et que le choix de l'un ou de l'autre n'ait fait que traduire une subtilité qui nous échappe aujourd'hui. Ainsi quand le contrevenant aux dispositions de la Leude Montréal se faisait attraper par le mességuier, il avait affaire au viguier saisi par les consuls et s'il commettait un meurtre, à la haute justice représentée par le châtelain.