MENET DE RÉBÉCOURT

COMMISSAIRE DE L'INQUISITION DE CARCASSONNE

(1320·1340)

par J.C. Vidal -1903-

 

Le nom de ce notaire obscur ne mériterait point d'être tiré de la banalité des formules de souscription où il se trouve, si Menet de Robécourt, s'en fût tenu à son métier de greffier de l’Inquisition. Mais il s'aventura, par ordre ou par passion, sur un terrain plus difficile.

Il se mêla d'enquêter, à la place de l’inquisiteur, et de "travailler" pour son compte. S'il n'acquit pas ainsi la célébrité qu’il semble avoir cherchée (et je ne jurerais pas qu'il en ait été frustré), ce n’est pas faute d'exploits accomplis.

Je vais essuyer de lui rendre justice à l’aide de documents les relatent. On reconnaîtra que ces pièces sont peu suspectes de partialité. Le portrait de Menet ne sera point une charge. Benoit XII qui nous permet de le tracer était plutôt tendre pour l’Inquisition, dont il avait été. Soyons convaincus qu’il la ménage et coutentons-nous de faire comme lui. D‘autres verront dans ce commissaire inquisitorial le "type" du genre.

Si Menet de Robécourt a eu des émules, rien n’est plus aisé que d’exp1iquer pourquoi l'Inquisition est devenue odieuse .

 

Menet de Robéccurt (Vosges), clerc du diocèse de Toul, notaire de par l'empereur et le roi, est attaché à l'Inquisition de Carcassonne dès 1320. Le 11 Mars de cette année Jean XXII sollicité par l'inquisiteur Jean de Beaune, lui accorde l'expectative d'un bénéfice dont la collation revient à 1'archevêque de Narbonne Le 29 octobre1323, il lui confère le titre de notaire apostolique. En 1335, nous le trouvons nanti d’un canonicat à Bourges, en 1340, il est chanoine de la collégiale de Montréal, au diocèse de Carcassonne. Cette année-la il fut prouvé qu‘iI ne méritait point de nouvelles faveurs.

Son nom figure aux procès-verbaux de l‘Inquisition de Carcassonne dès l’an 1321. Il instrumenta à Cordes, le 21 juin de cette année, lors de la réconciliation de cette ville, et à Carcassonne, le 14 juillet suivant, quand fut prononcée la sentence de Guillem Garric. Il suit son maitre Jean de Beaune à Pamiers, en août 1321 et en juillet 1322. Il seconde les notaires de Jacques Fournier aux séances qui précèdent le sermon public et prend part à ces assises solennelles.

Il rédige, de 1323 à 1339 une foule d'actes du tribunal présidé successivement par Jean Duprat et Henri de Chamay.

Pour me borner, je signale sa présence aux assemblées consultatives réunies dans diverses villes du Midi par les inquisiteurs de Toulouse et de Carcassonne.

Or, Jean Duprat est, alors, surchargé de besogne, et, sans doute, les Hérétiques surgissent en dix endroits différents. Bref, le besoin se fait sentir d’inquisiteurs supplémentaires.

Duprat en désigne deux pour Montpellier : le dominicain Raymond Pelat et Menet, son notaire. Le brevet de ce dernier porte qu’i1 pourra, en l'absence de l'inquisiteur et de ses lieutenants, par manière d'information provisoire, entendre et écrire les dépositions et les avcux en matière de foi. `

Le moine et le scribe, improvisés inquisiteurs, rencontrent aussitôt l'occasion de se couvrir de gloire.

 

Ici une longue série d'exactions criminelles à l'encontre d'innocents pour leur extorquer de l'argent. Notamment à Albi où les Consuls de la Ville remuent ciel et terre ce qui aboutit à ce que l'affaire atterrisse sur le bureau de Jean XXII. Malheureusement celui-ci meurt le 20 Décembre 1334, mais Benoît XII, qui est lui-même un ancien inquisiteur n'étouffe pas l'affaire. Au fond, la crédibilité de l'Inquisition est en cause.

Le 15 Août 1340 Menet est condamné à payer de gros domages à ses victimes et il est déchargé de toute fonction. Il est nommé chanoine à Montréal...

 

Le personnage de Menet de Robécourt est très banal dans les grandes administrations actuelles ou bien en politique, son terrain de prédilection. C'est l'archétype du salopard, dénué de toute inhibition morale, qui sait exploiter les failles d'un système, notamment ses compromissions internes, pour se tailler une place au soleil en broyant les autres.

Ce qui est plus difficile à comprendre c'est le rôle de l'Inquisition. Jusqu'à présent je n'ai guère trouvé d'ouvrage historique sérieux qui donnât une explication socio-politique satisfaisante. A l'origine il semble qu'elle ait été un contrepouvoir idéologique instrumenté par les ordres les plus pauvres et les plus radicaux au service de l'Église mais il est possible qu'elle soit devenue un état dans l'état.

 

 

retour à l'accueil