La vie d'Amaury de Montfort, seigneur de Montréal et autres lieux, fut éclipsée dans les mémoires par celle de son distingué père, Simon IV de Montfort. Il n'en demeure pas moins que le fils avait de la race, jugez-en. J'ai réuni ici quelques éléments historiques glanés au cours de mes recherches...

 

La reddition du château de Montréal.

Cette reddition eut des conséquences exposée dans le texte ci-dessous. Source : Olim des actes de Louis IX.

Alain de Roucy, déjà gravement blesé par les ennemis de la Foi, ce dont il mourut, confia à Jean de Valériac, la défense du château avec une garnison nombreuse et des vivres alors que son fils Alain allait à Carcassonne chercher du secours, c'est alors qu'il négocia une reddition ignominiose aux ennemis. Il fut établi qu'il avait commis le crime de lèse-majesté, de parjure et qu'en conséquence il perdait tout droit à la succession de son père et ses biens devait être confisqués.


Cette reddition fit couler beaucoup d'encre. Alain de Roucy le fils fut soupçonné de s'être entendu avec le comte de Toulouse en échange d'un sauf conduit et on lui reprocha de ne pas être reparu devant Amaury de Montfort. Il faut quand même voir que son père était mortellement blessé, en cours d'évacuation vers Carcassonne, que la ville avait été livrée par les Montréalais et que les troupes de Toulouse tiraient sur la forteresse avec leurs pierrières à bout portant depuis deux jours. Je pense, en effet, qu'à ce moment-là l'enceinte circulaire faite de terre a été prise. Quand Alain de Roucy fils revient de Carcassonne, il est seul. Amaury de Montfort suit plus loin, et on peut penser qu'il n'en n'est pas encore parti quand Roucy fils arrive à Montréal et voit l'étendue des dégâts. Il y a lieu de penser, à mon avis, que la seule chance d'essayer de sauver ses compagnons d'armes, c'était de composer et vite. Il n'y avait rien à gagner... Ceux-ci obtinrent un sauf conduit avec armes et bagages.

 

 

Source de ce qui suit :

    Amaury de Montfort

 

   .... ll succéda pourtant sans difficulté à son père, et tous les seigneurs du Languedoc, qui tenaient leurs fiefs de Simon, vinrent aussitot lui prêter hommage. Ayant d’abord voulu continuer le siège de Toulouse, il dut bientôt abandonner devant des difficultés insurmontables. ll reçut l’année suivante un précieux secours de France.

   Sur les instances du pape Honorius III, Philippe-Auguste se décida en 1219 à envoyer le prince Louis faire une nouvelle campagne dans le Midi. Louis et Amauri réussirent à s‘emparer de Marmande, mais, après avoir inutilement tenté un nouveau siège de Toulouse, le prince regagna le domaine royal.

   Des lors, les désastres se multiplient pour Amauri. En l220, il commence à perdre le pays de Carcassonne et est même assiégé dans la ville. Le 2 juillet, son frère Gui est tué à Castelnaudary. L’année suivante, ses troupes doivent abandonner Montréal. Découragé par ces insuccès et voyant les conquêtes de son père lui échapper peu à peu, il propose à Philippe-Auguste de lui céder tous ses droits sur le Midi ; mais le roi, peu tenté de prendre en ce moment une pareille charge, se borne à lui envoyer 200 chevaliers et l0,000 fantassins. Malgré le secours de ces troupes, Amaurt est assiégé dans Narbonne en 1223, puis il abandonne Carcassonne et revient passer quelque temps dans l‘Île-de-France.

  Au même moment, mourait Philippe-Auguste, et c‘est sans doute sur les 26,000 marcs laissés par le roi pour être distribués en aumônes que Louis Vlll remit à Amauri une somme de 30,000 livres parisis. Le seigneur de Montfort assista à la dédicace de l'église de I’abbaye de Joyenval qu'avait fondée son beau-frère, Barthélemy de Roye ; puis

il retourna dans le Midi, mais ne fit qu'y essuyer défaites sur défaites. Après avoir été entiérement chassé de l'AIbigeois, il dut même abandonner Carcassonne, que les ennemis assiégeaient, et se retirer à Narbonne. Aux désastres militaires vinrent bientôt se joindre de graves embarras financiers; accablé de dettes, il ne put accorder à ses soldats l’augmentation de solde qu’ils lui demandaient.

  Pendant ce temps, Honorius III s’efforçait d‘obtenir de Louis VIII qu’iI se mît en personne à la tête de la croisade; mais, malgré de longues négociations, l’accord entre le pape et le roi ne pouvait se faire. Il fallait pourtant s'arréter à une résolution énergique, car Amaury, désespérant de surmonter les difficultés amassées devant lui, venait encore une fois d‘abandonner le Languedoc. Le cardinal Romain de Saint-Ange, légat du Saint-Siège en France, qui possédait toute la confiance du roi, réunit donc à Bourges en 1220 une grande assemblée pour décider du sort du Midi.

   Raimond VI vint y réclamer son comté, mais ses protestations ne furent écoutées par personne et le légat lança

même contre lui une condamnation définitive. Amauri lui avait opposé les lettres d'Innocent III et de Philippe-Auguste qui attribuaient à Simon tous les domaines de Raimond de Tonlouse. Ce n’étaient du reste plus ses propres possessions que défendait le comte de Montfort ; il se rendait parfaitement compte qu’iI lui serait désormais impossible de reconquérir le Languedoc et il fit au roi I’abandon solennel de tous ses droits.

   C'est seulement a partir de ce moment, comme nous le verrons dans l'étude diplomatique, qu‘Amauri prit

officiellement le titre de comte de Montfort ; on devait du reste l'appeler depuis longtemps ainsi dans l'usage courant. Cette même année, l’abbé de Saint-Denis et Gui lV de Chevreuse le choisiront comme arbitre avec Barthélemy de Roye.

  A la suite du concile de Bourges, Louis VllI se mit en marche pour le Midi avec une armée nombreuse où se trou-

vait Amauri de Montfort. L'expedition se dirigea d’abord sur la vallée du Rhône. Elle arriva en juin devant Avignon, dont les portes étaient fermées malgré l'engagement qu'avaient pris les habitants. Amauri et les principaux seigneurs de l'armée envoyèrent aussitot leurs plaintes à l‘empereur Frédérie II. Un assaut fut inutilement tente contre la ville, qui fut ensuite étroitement bloquée ; à la fin d’août, les habitants, pressés par la famine, durent ouvrir leurs portes au roi de France, leur fit payer cette résistance de la perte de leurs libertés communales.

La prise d'Avignon eut un grand retentissement dans tout le Languedoc et facilita singulièrement la tâche de Louis Vlll.  Les évêques et les abbés l‘accueillaient comme un libérateur; les seigneurs et les villes se soumettaient avec empressement; le Midi semblait donc complètement pacifié et soumis à l'autorité royale.

   Après avoir étendu à tout le pays le système de gouvernement créé par Simon de Montfort, Louis Vlll prit le 

chemin du retour. Mais une maladie, qu'il avait contractée pendant l'expéditiou, s’aggrava en cours de route ; une fois à Montpensier en Auvergne, tout espoir était perdu et le roi dut s'arrêter. ll se rendait lui-même compte de son état et il déclara confier à la reine Blanche la garde de son fils Louis, âgé de douze ans seulement. Le 3 novembre, les seigneurs présents, et parmi eux Amauri de Montfort, s’engagèrent à respecter les dispositions prises par le roi. Enfin, le 9 du même mois, Louis VIII rendit le dernier soupir.

   Le sacre de son fils, le jeune Louis IX, eut aussitôt lieu à Reims. Amauri fut naturellement invité à s'y rendre et, avec d’autres barons, il y convoqua un certain nombre de prélats. Après la cérémonie, les mêmes seigneurs notifièrent solennellemeut le sacre de Louis IX.

Au mois de décembre de la même année, Amauri cautionna la comtesse Jeanne de Flandre pour une somme de 300 marcs.

  La campagne de Louis VIII n‘avait pu réussi à pacifier complétement le Languedoc. La lutte s’y continuait sans épisodes notables, mais pourtant toujours meurtrière. L`oncle d’Amauri, Gui, comte de Sidon et de Castres, en qui Louis VIII en partant avait confié la garde de la région de Narbonne fut tué en I227. La guerre ne fut terminée que par le traité de Paris, en avril I229.

  Malgré la fermeté de Blanche de Castille, la minorité de saint Louis fut signalée par la révolte de plusieurs grands

vassaux. En I230, le duc de Bretagne, Pierre Mauclerc, conclut une alliance avec le roi d'Angleterre, Henri III, et lui

rendit hommage pour son duché. La régente se trouvait alors en Anjou avec le jeune roi. Elle convoqua les seigneurs qui lui devaient le service d‘ost, et presque tous, Thibaut de Champagne, Fernand de Flandre, le comte de Nevers, Amaury de Montfort, répondirent à son appel. Ainsi constituée, l‘armée s`élablit dans un camp devant Ancenis; les seigneurs y prononcèrent la condamnation de Pierre Mauclerc et le déclarèrent déchu du bail de la Bretagne pour cause de forfaiture.

   Mais l'expédition ne put pas être poussée plus loin : les seigneurs avaient passé dans l’armée tout le temps qu'ils devaient d‘après les coutumes féodales et la reine dut prendre le chemin du retour. A la fin de juin, elle était à Paris. Au mois de décembre de la même année, Amauri de Montfort signa et scella un acte de Louis IX sur les créances des juifs. Cette souscription a pour nous un grand intérêt, car Amauri porta pour la première fois dans cet acte le titre de connétable de France, Francorum constabularius. Il ne devait posséder la connétablie que depuis fort peu de temps, mais le  P. Anselme a cru à tort que cette charge importante lui  avait été confiée en l231. Amauri de Montfort figure encore en septembre 1235 parmi les 41 barons français qui écrivirent à Grégoire IX pour se plaindre de l'archevêque de Tours et de l’évêque de Beauvais. Ces deux prélats refusaient de se rendre devant la Cour du roi pour le temporel et interdisaient à leurs inférieurs d’y comparaître.

   Comme son père, Simon, depuis I204, Amauri portait toujours le titre de comte de Leicester, titre purement honorifique du reste, puisque les seigneurs de Montfort n'avaient jamais pu entrer en possession des fiefs qu‘ils auraient dû posséder en Angleterre. Philippe-Auguste ayant confisqué les biens de tous les Normands restés fidèles à Jean sans Terre, celui-ci avait par représailles saisi les domaines appartenant dans son royaume à des seigneurs français. La garde du comté de Leicester, ainsi mis sous séquestre, fut confiée de l207 a 1215 à plusieurs seigneurs qui le pillèrent.

  Enfin, malgré les protestations que le pape avait fait entendre en l213 contre cette spoliation, il fut remis en 1215 à Ranulf, comte de Chester et neveu de Simon de Montfort, qui prit le titre de comte de Leicester. Amauri fit entendre de nouvelles protestations en fevrier 1231, demandant à Henri III de lui rendre le comté, pour lequel il lui prêterait honnnage, ou au moins de le donner à son frère Simon. Afin de rendre sa réclamation plus acceptable par le roi, il céda tous ses droits à son frère au mois d‘Août de la même année et en juin 1232. Simon s'était pendant ce temps rendu en Angleterre, où il avait été parfaitement reçu par lHenrl III ; bientôt même, Ranulf de Chester consentit à se dessaisir du comté. La situation ne fut toutefois complètement régularisée au profit de Simon qu`en 1239 ; le 21 avril, Amauri renonça, à l'abbaye de Westminster, en présence du roi, à tous ses droits sur Leicester moyennant le paiement par son frére d‘une somme de 1500 livres parisis.

  A l'assemblée tenue à Saint-Denis en septembre 1235, la même où les seigneurs avaient fait entendre leurs protestations contre plusieurs évêques, une nouvelle croisade avait été décidée. Le comte de Champagne, Thibaut, devait en être le chef ; beaucoup de seigneurs, et parmi eux Amauri de Montfort, s'étaient rangés sons ses ordres. Le départ fut retardé à plusieurs reprises, car les organisateurs ne s’entendaient pas : le pape Grégoire IX voulait diriger l'expedttion sur Constantinople, toujours menacée par les Grecs ; les seigneurs, au contraire, tenaient à se rendre directement en Terre sainte. Ils protestèrent même assez vivement contre le pape, qui, disaient-ils, dépensait en faveur de I'Empire latin les sommes réunies pour la croisade. Pour les apaiser, Grégoirc IX leur expliqua ses raisons dans une bulle datée du 9 mars I239, qu’il terminait en fixant le départ au 24 juin de la même année. Cette fois encore, il s‘en fallut de bien peu qu‘il ne fùt de nouveau retardé. Les seigneurs avaient en effet offert le commandement de leur expédition à l‘empereur Frédéric II, toujours en lutte avec le Saint-Siège, et Grégoire IX avait à cette nouvelle mis de nouveaux obstacles à la croisade. Le refus de Frédéric vint heureusement apaiser ces difficultés et permettre le départ.

   Saint Louis se montra alors d’une grande générosité à l'égard d’Amauri. D’après Aubri de Trois~Fontaines, il lui fit don de toutes ses armes et de 32,000 livres parisis, afin de se faire remplacer par lui dans le pèlerinage d'outre·mer. Les comptes royaux ne signalent toutefois qu'une somme de 333 livres 6 sous 8 deniers et de petits dons pour son équipement : 20 Iivrespour un manteaui, 22 livres pour la cuirasse, les chaussures et les couvertures, I0 livres enfin pour la selle. `

   Les croisés partirent de Marseille dans le courant d‘août. Sous les ordres de Thibaut de Champagne, se trouvaient Richard, frère de Henri III, le comte de Bretagne, Amauri de Montfort, le comte de Bar et une foule de seigneurs français, espagnols, anglais et alIemands.

   Ils débarquèrent à Acre et résolurent de construire une forteresse sur l'emplacement de la ville d’Ascalon, détruite en 1192 ; mais, une fois arrivés à Jaffa, ils s’arrêtèrent quelque temps dans cette ville pour se reposer des fatigues du voyage. Pendant qu'iIs y séjournaient, Pierre Mauclerc et quelques chevaliers réussirent à s’emparer d'un convoi de ravitaillement appartenant aux musulmans, qui se dirigeait sur Damas, et ils le ramenèrent fièrement .

   Jaloux du succès de leurs compagnons d’armes, les comtes de Bar, de Montfort, de Jaffa et le duc de Bourgogne résolurent d’aller eux aussi tenter l'aventure. Malgré les supplications de toute l’armée et la défense formelle du comte de Champagne ils sortirent de la ville dans la soirée du I2 novembre et vinrent camper tout près de Gaza. Presque aussitôt, une forte troupe musulmane, qui se trouvait en observation dans cette ville, fondit sur eux. Voyant leur infériorité, le duc de Bourgogne et le comte de Jaffa s’enfuirent précipitamment vers l’armée croisée, qu'iIs purent atteindre sains et saufs. Les autres seigneurs, au contraire, soutinrent courageusement la lutte contre les infidèles, dont ils firent un très grand massacre, mais ils furent à la fin accablés sous le nombre : le comte de Bar et Simon de Clermont restèrent parmi les morts, tandis qu‘Amauri de Montfort et Richard de Beaumont étaient faits prisonniers avec un grand nombre de vaillants chevaliers.

   La capture d’Amauri eut un grand retentissement dans le monde musulman et donna un prestige considérable à ceux qui s’étaient empnrés de lui. Le soudan d'Egyple en conçut de l'ombrage et eut peur pour sa couronne. ll fit jeter en prison et mettre secrètement à mort ces soldats trop heureux et il enleva à leurs veuves tout ce qu’elles possédaient.

   Une fois prisonnier, Amauri écrivit à sa femme, la comtesse Béatrice, pour lui faire part des événements. Les captifs furent ensuite conduits au Caire, où ils entrèrent montés sur des ânes ou des chameaux : une multitude immense était venue à leur rencontre et les musulmans agitaient par dérision devant eux des encensoirs remplis de fumier. Les soudans de Damas et du Caire donnèrent enfin l'ordre de les jeter en prison. lls ignoraient la qualité de leurs prisonniers, sauf toutefois celle d'Amauri de Montfort; le soudan du Caire le fit venir un jour et lui demanda s'iI se trouvait quelque autre noble parmi les prisonniers. Amauri, prévoyant qu'iI serait plus difficile à ses compagnons de se racheter si leur situation était connue, répondit que non. Le soudan fit alors une adroite enquête et apprit qu’il avait entre ses mains Richard, vicomte de Beaumont, et plusieurs autres puissants barons.

   Furieux d’avoir été trompé par le pieux mensonge du comte Amauri, il le fit aussitôt transporter dans une prison plus dure, au château de Maubech. Amauri resta en captivité jusqu‘en l241. Au mois de mars de cette année, le pape Grégoire IX écrivit à Frère Guillaume de payer 5,000 marcs d‘argent pour sa rançon. Délivré sans doute à la suite de la remise de cette somme, il voulut revenir par l'IIaIie, afin de vénérer le tombeau des Saints-Apôtres; mais, aussitôt débarqué à Otrante, il y mourut de maladie.

Son corps fut transporté la Rome, dans le Basilique de Saint-Pierre, et enseveli dans les grottes vaticanes, près de la porte orientale, tout à côté de l'endroit où reposait le pape Grégoire VI.

 

Sur son tombeau, on grava l’inscription suivante :

 

Hic jacel Amauricus, comes Montis fortis,

Francia connestabilis.

Contra Albigenses pro fide calholica sepius dimicavit.

Postea contra Sarracenos ad partes Sirie transfretavit,

a quibus in bello captus fuit et diu in ea captivitate detentus,

tandem per treugum liberatus, dum rediret ad propria, apud

Idrentum expiravit  anno Demini millesime CCXLI.

 

Il légua son cœur à l’abbaye de Hautes—Bruyères. Les religieuses le placèrent, le jour de I’Invention de Saint-Etienne

(3 août), dans une pierre taillée à son image que l'évêque de Chartres, Aubri, déposa à la gauche du maître autel de l'église abbatiale. Au pied, on écrivit ces vers :

 

Hic jacet in templo comitum generosa propago,

Ecce fit exemplo nati genitoris imago.

 

 

Amaury VI de Montfort, fils de Simon IV et d'Alice de Montmorency, était né en 1195. Il mourut donc à 46 ans, c'est à dire à peu près à l'âge de son père. L'un et l'autre ont appartenu à ce que la noblesse de France a pu donner de plus somptueux dans le courage, la foi et la loyauté au Roi. Requiescant in pace.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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