Dans la deuxième partie du XVIIe siècle on commence à construire les bonnets qui masquent définitivement la charpente du toit et les éclairages de la nef sur la façade Sud. Il semble que la décoration murale de l'église débute à la fin de ces travaux, elle va durer près de cent cinquante ans. Ces bonnets seront terminés par le dessus de l’orgue.

La variété du décor dans la Collégiale St Vincent est remarquable. On peut y observer plus d’une centaine de motifs différents.

Cependant il ne reste pas grand-chose, sinon rien, de l'ornementation primitive. C'est à peine si par endroit on trouve quelques vestiges de peinture trahissant le Moyen Âge. Ce que nous voyons aujourd’hui date de la fin du XVIIe et les derniers décors du XIXe.

 

On devine d’ailleurs une nette évolution du style depuis les motifs géométriques ou végétaux très simplifiés observables sur les arêtes de formerets ou les piliers et, par ailleurs, la frise située au dessous des Evangélistes du chœur dont le style est plus proche de la graphie de Mucha que d’autre chose. Remarquons d’ailleurs à ce sujet la confusion entre Saint Matthieu et Saint Luc.

En isolant les motifs un par un il est possible de risquer une typologie.

On peut distinguer d'abord trois types de surface : les surfaces planes de grande étendue, les surfaces cylindriques et, enfin, ce que je nommerai les surfaces d’arête. J'entends par là les surfaces qui couvrent principalement les faces des arcs.

On peut aussi tenter une classification par motifs.

Enfin, dans la mesure du possible, la distribution des couleurs et l'emploi de certains pigments, peuvent amener des précisions intéressantes.

 

 

Le bleu.

Dans le décor vertical il est assez rare, surtout dans les parties basses. Il peut y avoir au moins deux explications : soit cette couleur est réservée à la représentation du ciel, soit son coût le condamne à une utilisation parcimonieuse.

Le rare exemple ci-dessus, en partie basse verticale, aurait pu être un bleu d’outremer, fabriqué à partir du lapis-lazuli ; la poudre en était vendue au poids de l’or. C’est le toulousain Jean Baptiste Guimet qui en réussit la synthèse en 1826 mais cette date est trop tardive. L’emploi d’un outremer naturel en peinture murale est peu vraisemblable vu le coût.

Il peut s’agir aussi d’un bleu de smalt, à base d’oxyde de cobalt, que l’absence d’exposition au soleil et à la lumière vive aurait préservé quoique ce bleu ait été lui aussi onéreux.

Le bleu de Prusse, à base de ferrocyanure, est découvert en 1705. Il faudrait alors admettre que ce motif est un échantillon, un essai datant du début de l’emploi de ce pigment synthétique. Par contre, pour la peinture des parties hautes, il est tout à fait envisageable que cet usage ait été généralisé. Sans le secours de la chimie, il est délicat d’aller plus loin.

Pour satisfaire à cette hypothèse il faut admettre que le plafond a été peint après les murs, ce qui est curieux. Pourtant on a le sentiment que c’est bien le cas, la décoration des bonnets semble d’une facture plus achevée, plus récente que les éléments verticaux.

Que s’est-il passé exactement en 1753 puisqu’on a refait le toit ? Nous sommes bien loin de le savoir et il n’est pas à exclure, d’autre part, que l’effondrement de la voûte en construction au dessus de l’orgue n’ait pas été le seul ennui technique rencontré. Aussi bien tout le haut a été repeint.

 

Mis à part quelques touches à la peinture dorée, il semble que pour l’essentiel la peinture soit à base d’un liant chaux caséine associée aux pigments ; il se peut aussi que pour les tons chauds, jaunes notamment, on ait utilisé la tempera dans laquelle le liant est du jaune d’œuf.

On relève plus d'une centaine de motifs différents.

 

  

Conclusion

 

On ne sait pas grand-chose de cette profession de décorateur d’églises. Leur œuvre est visible un peu partout et on ne peut qu’être émerveillé par la prodigalité de leur imagination. Dans de nombreuses églises de la région on trouve des motifs sans cesse nouveaux et je suppose que leur catalogue devait compter des milliers de références.

Il s’agit bien d’un art, comment pourrait-il s’agir d’autre chose ? Un art pictural considéré comme mineur, et c’est pour cela qu’il suscite aussi peu d’intérêt, mais un art populaire c'est-à-dire que son apparente simplicité cachait des règles de composition bien précises qui en faisaient tout le contraire de n’importe quoi.

Cette profession disparut, après bien d’autres, le papier peint et le rouleau eurent tôt fait d’imposer les nécessités de la logique économique.

 

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