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Commentaire sur l'histoire en général.

   L'évocation historique de la vie d'un village, qui est un sujet assez étroit, oblige malgré tout à consulter de nombreuses sources, c'est-à-dire oblige à ouvrir les dizaines et des dizaines d'ouvrages. Par un mouvement naturel de l'esprit on est très tenté de remonter inlassablement vers la source : c'est une oeuvre qui consume beaucoup de temps.

   Au fil de l'enquête on s'aperçoit très rapidement qu'il n'existe pas une histoire exacte mais une multitude d'interprétations de faits qui sont souvent reportés de manière approximative.

   Le nombre des chroniqueurs qui, au cours des siècles, ont noté ce qu'ils voyaient ou ce qu'ils avaient entendu, peut surprendre par l'abondance.

   Certains événements marquants ont été traités par les chroniqueurs de nationalité différente à des époques différentes et, bien sûr, sous des éclairages différents (j'ai trouvé six évocations de la bataille de Muret). Il est facile d'imaginer, d'autre part, que si nous avions été les témoins des faits relatés nous aurions traité le sujet d'une autre manière pour la bonne raison que notre sensibilité a évolué.

   Par leur façon d'écrire, leurs omissions, leurs exagérations, leurs à-peu près, leur goût pour l'anecdote, quelquefois même leurs complaisances, ces chroniqueurs nous font découvrir leur perception du moment.

   Réciproquement, je suppose que si ces chroniqueurs avaient eu la possibilité de connaître de la manière dont nous écririons l'histoire ils en auraient tiré un enseignement sur le monde nous vivons. Je ne suis pas certain que nous en sortirions grandis, je suis même persuadé du contraire, au moins dans un domaine, celui de la spiritualité.

   Bien sûr, dans l'optique actuelle, certaines considérations semblent sortir du champ strict de l'interprétation historique : quand Catel observe qu'il s'est écoulé 42 ans entre la crucifixion du Christ et le massacre des Juifs par Titus lors de la prise de Jérusalem et qu' il s'est écoulé le même espace de temps entre le meurtre du vicomte de Béziers dans l'église Sainte Madeleine et le massacre de la population de Béziers par les Croisés en 1209, il va sans dire qu'aujourd'hui cela ne passerait pas dans un cours d'histoire ayant la prétention d'être politiquement correct. Au fond, de tout temps et partout, l'obsession du politiquement correct aura régné, c'est bien le drame.

   Ceci dit, j'ai été extrêmement frappé par le travail de critique chronologique qui a été fourni, dès le XVIIIe siècle, par des érudits le plus généralement bénédictins. Nous en avons de bons exemples dans l'histoire du Languedoc à la section des preuves. C'est la meilleure illustration qu'on puisse trouver de l'expression : travail de Bénédictin.

  

   En conclusion je dirai qu'il ne faut jamais perdre de vue que les sources les plus assurées peuvent être contestées. Je prends un exemple bien connu : La Guerre du Péloponèse de Thucydide. C'est ce qu'on appelle un monument et on se plaît à dire que le grec employé est facile à traduire et que Thucydide est remarquablement moderne dans sa manière de traiter l'Histoire. Et pour cause...

Quand on a dit ceci, on a dit ce qu'il fallait savoir et personne ne mettrait en doute l'authenticité de ce texte. A moins, bien sûr, d'être un iconoclaste. Et pourtant...

Et pourtant la première version connue de la Guerre du Péloponèse date du IX° siècle. C'est à dire qu'il s'est écoulé quatorze siècles entre les faits relatés et la première version connue. Quel est le rapport réel entre les faits qui se sont déroulés et la relation que nous en avons ? Nul n'est capable de le dire. Il en va de même du De Viris Illustribus, sauf que là on connaît l'auteur : un régent de collège du XVII° qui aurait pu aussi bien signer Ammien Marcellin ou Velleius Paterculus en toute tranquillité.

L'Histoire n'est finalement que la mise en forme d'un mythe plausible et je renvoie ceux qui en doutent à l'étude de l'évolution du sens du mot muthos, ils seront bien surpris. Tout est là !

 

                          J.B.